Les ailes du pigeon

Les ailes du pigeon
Fella Bruno

Mitri brille sous le soleil sénégalais de Pout. Passement de jambe, son pied décrit une courbe, tape le cuir qui vient mourir dans les filets. Les bras au ciel, un recruteur lui met déjà la main sur l’épaule. Le gamin de 15 ans a le sourire aux lèvres, mais ce n’est pas le cas de sa grand-mère avec qui il vit seul. Contre une forte somme, on lui propose d’emmener le gosse en France avec un juteux contrat à la clé. Pas convaincue, elle allonge la monnaie, fruit de la vente du verger familial et d’une dette auprès de tout le village. Une fois sous la grisaille parisienne, dans un stade vide, Mitri s’échauffe pour montrer ce dont il est capable sous l’œil de l’intermédiaire en attendant un entraîneur. On lui fait : "Je ne sais pas ce qu’ils foutent. Je vais voir à l’intérieur." Seul, il reste. Abandonné, sans le sou, rien qu’avec le numéro de téléphone de sa grand-mère au Sénégal et un rêve brisé. Qu’est-ce qu’on en fait alors de ce gosse ? C’est qu’on s’est attaché à lui. Un drame ou une success story ?

Pour en arriver là, Samuel Collardey a planté sa caméra dans le réel, des scènes qui fleurent l’impro et une démarche quasi documentaire pour dénoncer le trafic d’êtres humains. Y a du vrai là-dedans, ça se sent, et d’ailleurs, le scénario est tiré d’une histoire vraie. Alors, drame ou une success story ?

A trop mettre son nez dans la misère, on s’attend forcément à une fin pathétique : on n’est pas dans un film américain ! Mais la démarche documentaire s’efface peu à peu, comme l’aspect dramatique.

Mitri est pris en charge par les services sociaux et intègre une équipe de jeunes de la région de Montbéliard, entraînée par Serge, un ex du club de Sochaux. Sochaux, c’est le club prolo par excellence, une extension de Peugeot. Comme le dit Serge : "Ici, on mange, on dort, on crève Peugeot." Le Serge a la bonne gueule d’ouvrier bourru malmené par la vie, mais avec un cœur assez grand pour prendre le gamin sous son aile et tenter de le faire rentrer à Sochaux.

Collardey tisse encore le thème du père de substitution, comme dans son précédent long "L’Apprenti". Le une-deux fonctionne avec un Mitri (à la ville, Mytri Attal) qui, même si ça se voit que ce n’est pas un Pelé sur le terrain, transpire la sincérité.

Si l’on sent un peu trop l’étrange coexistence du drame documentaire et de la success story plus classique, on s’en voudrait de bouder le sourire de Mitri.

B.F.

Réalisation : Samuel Collardey. Avec Mytri Attal, Marc Barbé, Anne Coesens… 1h42.