Thérèse, Patrick et leurs cinq enfants, une équation impossible

Hovine Annick

Ils sont assis dans la salle, discrètement. Thérèse et Patrick. Une maman et un papa, qui ont 5 enfants. Ils sont là, mais ce sont des copains qui militent comme eux à LST (Lutte, Solidarité, travail) qui liront leur témoignage. Les contradictions d’un système mis en place pour aider mais qui intensifie pourtant l’insécurité d’existence, voire la misère, ca reste difficile à exprimer, à formuler, à dire en face.

Thérèse et Patrick, donc, se sont un jour retrouvés sans adresse. Comme de nombreuses autres familles. Ils vivaient avec leurs gamins dans un logement géré par une agence immobilière sociale (AIS) qui a été déclaré insalubre pour cause de "surpeuplement".

Pour retrouver un toit, ils frappent, en vain, à de nombreuses portes. Ils écrivent une lettre au président du CPAS et à l’échevin des Affaires sociales. La mesure d’expulsion est suspendue, mais les édiles ne s’engagent pas à propos d’un relogement.

Thérèse et Patrick sont finalement contraints d’accepter d’être hébergés en maison d’accueil, la seule réponse concrète qu’on leur propose. Ce qui leur coûte 528 euros par mois pour vivre avec leurs cinq enfants dans une chambre et une grande pièce "au lieu des 400 euros pour notre logement précédent".

Ils ont donc été expulsés d’un logement pour cause d’exiguîté et se retrouvent, dans la même situation, dans une maison d’accueil où le surpeuplement est accepté mais où les frais sont plus importants. Cherchez l’erreur… Sans compter la perte d’autonomie de la famille à cause de la gestion budgétaire et du règlement de vie imposés par l’institution.

Au terme des 18 mois d’hébergement réglementaires, par peur de se voir imposer une nouvelle maison d’accueil, à Liège ou à Charleroi, la famille s’est tournée vers de solutions de solidarité de proximité en allant vivre chez des amis. "Pourtant, nous savons tous que ces hébergements en solidarité sont pénalisés par diverses législations dont tout ce qui réglemente la cohabitation pour les allocataires sociaux". La peur de "tomber" d’isolé à cohabitant, au gré d’un contrôle, fait renoncer certains à ouvrir leur porte. Actuellement, le couple loue un logement privé, toujours pas adapté à la taille de la famille. Et ils vont perdre la priorité d’accès à un logement social.

Dans la salle, il y a aussi Sabine et Raphaël, dont le combat pour vivre en famille dans un logement décent a commencé il y a plus de 20 ans. Dans 15 jours, ils seront (encore) expulsés, pour cause d’insalubrité. "Ce qui nous a fait tenit debout jusqu’à aujourdhui, ce sont nos enfants et la volonté de garder l’unité de notre famille". Leurs enfants ? Ils sont six, âgés de 14 à 24 ans.

An.H.