La guerre sainte de Muriel Degauque

Lamfalussy Christophe

Le 9 novembre 2005, une jeune femme belge de 38 ans, née à Monceau-sur-Sambre, commet en Irak le premier attentat suicide d’une femme européenne au nom de l’islam. Elle s’appelle Muriel Degauque. Une vieille photo d’elle, parue à l’époque dans les journaux, montre une jeune adolescente, encore un peu gauche, mais la femme qui conduit ce jour-là la Kia Sephia bourrée de fontes et d’explosifs vers trois véhicules blindés américains est déterminée. Elle fait pourtant une fausse manœuvre, coince sa voiture dans la boue et la bombe se déclenche trop tôt. Le convoi américain reprend la route après s’être arrêté un instant. Un soldat américain est légèrement blessé.

L’écrivain et journaliste Chris de Stoop raconte cet épisode final dans son livre "La guerre sainte de Muriel" qui vient de paraître en français aux éditions Mols, trois ans après l’édition en néerlandais.

L’intérêt d’un tel livre n’est pas tant de raconter les faits, pour l’essentiel connus, mais d’explorer les raisons pour lesquelles cette jeune femme, initiée à la religion catholique, est devenue une radicale de l’islam. De Stoop le fait avec brio. Il explique comment l’Hennuyère a glissé à l’adolescence dans un milieu toxicomane, décroché de l’école, enchaîné les petits boulots, avant d’être la victime d’un mariage blanc avec un Marocain en quête de passeports belges pour lui et pour sa famille.

Deux événements ont façonné le parcours de Muriel Degauque : la mort de son frère dans un accident de moto en 1989 et une malformation congénitale, la maladie de Rokitansky, qui se caractérisait dans son cas par l’absence totale d’utérus. Elle se plongea dans la lecture du Coran et se résolut à renoncer aux plaisirs terrestres.

"Seule la vraie doctrine pouvait protéger les hommes contre les forces obscures. La religion devint pour elle une obsession", écrit Chris de Stoop. L’auteur a eu accès - chose rare - au dossier judiciaire de Degauque et est allé lui-même en Irak sur les lieux de l’attentat.

Le style narratif, un peu décousu, implique une reconstruction des dialogues, mais Chris de Stoop a si bien enquêté qu’on ne doute guère qu’il soit très proche de la vérité.

Chris de Stoop, "La guerre sainte de Muriel", traduit du néerlandais par Maria Hooghe, Editions Mols, 2013, 328 pp., 22 € env.