Jeunet a ux USA

Denis Fernand
TSS Day 20 "The young and Prodigious Spivet" Photo: Jan Thijs
TSS Day 20 "The young and Prodigious Spivet" Photo: Jan Thijs ©photo: Jan Thijs

Dans un ranch du Montana, on a retrouvé Jean-Pierre Jeunet dans sa forme d’Amélie Poulain, mais en compagnie de T.S. Spivet, un gamin plus jeune, mais au destin tout aussi fabuleux. T.S. Spivet vit entouré de son papa, un cow-boy avec un lasso, et sa maman qui collectionne les insectes. Il y a aussi une grande sœur qui veut devenir actrice et un frère jumeau. Et ça, c’est génial, car il y a toujours quelqu’un de son âge pour jouer. Sauf qu’un jour, un accident avec un fusil, plus de frère jumeau !

Le drame est évacué hors champ, en trois plans, sans pathos, mais il va laisser des traces aussi profondes qu’invisibles. Ce vide béant, T.S. va le remplir avec une vocation contractée lors de la visite d’un musée. Il sera inventeur. De quoi ? Du mouvement perpétuel. Il se met tout de suite au travail et sa roue magnétique enthousiasme le Smithsonian qui lui décerne son prix annuel, ignorant que l’inventeur a dix ans. Comme ses parents ne comprendraient pas, ni sa sœur, il va devoir se débrouiller tout seul pour rejoindre Washington DC.

On se souvient du Paris idéalisé d’Amélie Poulain, Jeunet nous emmène dans son Amérique imaginaire avec sa ferme playmobil, son interminable train de marchandises traversant des paysages sublimes, les silos en béton qui balisent la campagne, les usines en briques rouges. Tout au long, il nous raconte une aventure avec du suspense, de l’humour, une gamine sur une balançoire, des adultes cupides et un petit Mozart des sciences. Jeunet s’éclate, car il a toujours plein d’idées, plein de savoureuses saynètes, et puis il a un défi à relever : faire quelque chose de pertinent de la 3D. Cette possibilité technique devrait être définitivement réservée aux auteurs, au lieu des vendeurs de pop-corn. Apres Scorsese, Wenders, Herzog, Jeunet apporte une jolie idée en s’en servant comme des phylactères.

Logique, le film a un côté bédé, même un peu Tintin. N’est-ce pas le sous-marin requin du Pr Tournesol qu’on entrevoit dans une salle du Smithsonian ?

Cette Amérique est tellement rêvée qu’on ne sait jamais très bien à quelle époque on se trouve. On se croit d’abord dans les années 50 pour, finalement, constater que le récit se déroule aujourd’hui. Un récit où la science ne manque pas de fantaisie, de poésie, de machinerie, et de faire ici le lien avec l’univers du Tim Burton originel (et encore original) de "Pee-Wee" et de "Beetlejuice". Rapprochement étançonné par la présence de sa muse Miss Bonham Carter.

Avec "T.S. Spivet", Jean-Pierre Jeunet réussit un grand film familial avec du rêve américain, de l’aventure, de la nostalgie, de l’émotion contenue et aussi un surprenant coup de gueule qui explose sans prévenir à l’encontre de ces armes qu’on met dans les mains des enfants américains comme si c’était une poupée ou un camion de pompiers.

Fernand Denis

Réalisation : J.-P. Jeunet. Scénario : J.-P. Jeunet et Guillaume Laurant. Avec Kyle Catlett, Helena Bonham Carter, Judy Davis… 1h 45.