Caves de la Gestapo : c’est toujours le statu quo!

Laporte Christian

bruxelles

Voici deux ans se tenait une importante journée d’études autour d’un triple lieu de l’horreur de la Seconde Guerre mondiale, à Bruxelles. En l’occurence : les caves des immeubles sis 347, 453 et 510 de l’avenue Louise qui avaient été réquisitionnés à l’époque par la Gestapo qui y enferma nombre d’opposants au régime nazi. Sur place, les résistants furent souvent torturés avant d’être déportés. Ces bâtiments sont retournés à la banalité de logements "comme les autres" après le conflit mais sur les murs des caves, le temps n’a pas effacé des témoignages gravés à l’épingle ou avec les ongles par celles et ceux qui étaient tombés dans les rets de la Gestapo.

Il devient de plus en plus urgent de sauver ces traces de mémoire - que nos lecteurs ont pu découvrir en exclusivité le 17 juin dernier - mais malgré certaines promesses de médiation politique auprès des propriétaires, rien ne semble vraiment bouger. C’est ce qui a récemment amené la députée régionale Julie de Groote (CDH) appuyée par Viviane Teitelbaum (MR) dont on connaît aussi le combat mémoriel à interpeller le ministre-Président Rudi Vervoort (PS) au parlement bruxellois.

L’élue centriste qui, tout comme Francius Delpérée, avait déjà sondé Charles Picqué sur la question est revenue à la charge en constatant qu’"après un an et demi et malgré les engagements de votre prédécesseur, le dossier semble avoir assez peu avancé". Et de demander au "numero uno" bruxellois, "quelles ont été les réponses des syndics des immeubles concernés et ce qu’il en est du relevé scientifique des graffitis par l’Irpa?" Julie de Groote a aussi demandé si on envisageait d’autres solutions pour la conservation des graffitis.

Le ministre-Président bruxellois a admis que le processus de concertation avec les propriétaires des immeubles est jusqu’ici resté lettre morte. Rudi Vervoort n’a pas tourné autour du pot : "Que ce soit pour ouvrir l’accès au public ou pour effectuer un travail scientifique, nous nous heurtons à un refus." Comme il n’y a pas de mandat de perquisition urbanistique "toute la difficulté est de trouver l’équilibre entre le droit de propriété et le devoir de mémoire".

Reste que des pistes sont encore à l’étude. La Région pourrait ainsi, à l’instar de ce qui a déjà été fait en Allemagne, du côté de Cologne, faire classer les caves voire les exproprier.

Autre possibilité : ce serait d’"exfiltrer les graffitis" pour les mettre en valeur en un autre lieu emblématique de mémoire. "Nous devrons trancher et, à ce stade, nous n’excluons rien", a conclu Rudi Vervoort.

Une certitude : tant le Groupe Mémoire que la Fondation Auschwitz qui furent à la base de l’initiative, il y a deux ans, resteront particulièrement attentifs à ce qu’on ne galvaude pas cette trace unique de l’horreur nazie à Bruxelles...Christian Laporte