"On ne peut absolument pas parler d’un retour de la paix"

Stagiaire

Congo-Kinshasa Entretien Mohamed Inoussa (st.)

L’armée congolaise a défait la rébellion du M23 après d’intenses combats dans l’est du Congo. Nous avons interrogé Séverine Autesserre, spécialiste de la région et maître de conférence à l’Université de Columbia, sur cette victoire.

Le M23 vient de déclarer officiellement sa reddition. Peut-on parler d’un retour à la paix dans l’est du Congo ? Malheureusement non. D’autres groupes restent toujours actifs dans la région et continueront à se battre. Il n’y a aucune raison de penser que cette reddition signerait la fin de la violence dans l’Est. On ne peut donc absolument pas parler d’un retour de la paix dans la région, d’autant plus que les questions fondamentales pour lesquelles le M23 se battait ne sont toujours pas résolues. Mais c’est quand même un pas en avant. Comment l’armée congolaise a-t-elle réussi à retourner la situation en sa faveur et à infliger ces pertes au M23 dans un laps de temps aussi court ? C’est la grande question. Cela a surpris les observateurs. Je pense qu’il y a deux facteurs importants qui peuvent expliquer cette victoire de l’armée congolaise. Il y a d’abord le fait que les forces des Nations unies, présentes dans l’est du Congo, ont activement soutenu les opérations de l’armée congolaise contre le M23. L’autre facteur dont tout le monde parle, c’est le lâchage de la rébellion par le Rwanda et l’Ouganda. Le M23 a longtemps bénéficié du soutien d’éléments militaires de ces deux pays. Le troisième facteur souvent mis en avant par certaines ONG est la réorganisation de l’armée congolaise. Justement, pourquoi le Rwanda et l’Ouganda ont-ils retiré leur soutien au M23 après l’avoir soutenu plusieurs mois durant ? Je ne dispose pas d’informations fiables à ce sujet. Déja le fait qu’ils soutenaient le M23 avait fait l’objet d’un débat. Ils ont toujours nié avoir soutenu la rébellion et n’accepteront pas de dire qu’ils l’ont aujourd’hui lâchée. Mais on parle de pressions très fortes des pays proches du Rwanda, notamment les Etats-Unis. Encore une fois, on ne sait pas exactement ce qui s’est passé. Peut-on envisager une réintégration des troupes du M23 au sein de l’armée congolaise ? Tout à fait. D’autres groupes rebelles l’avaient déja été par le passé quand il y avait reddition ou accord de paix. L’armée congolaise a connu cette expérience. Par contre, le cas des chefs du M23 semble plus problématique parce que certains sont accusés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Le gouvernement congolais a toujours refusé de les réintégrer. Je crois que c’est l’un des points d’achoppement des négociations de Kampala. A quoi vont servir aujourd’hui ces négociations dans la capitale ougandaise ? Ce point est important. Jusqu’ici, on a toujours essayé des solutions militaires. Or, les vraies causes de la crise sont sociales et économiques. Donc, il faut une solution politique.