Un Guiseppe Tornatore bien pauvre

Geoffrey Rush in The Best Offer
©Photograph: Stefano Schirato
Lorfèvre Alain

Virgil Oldman (Geoffrey Rush) est commissaire-priseur jusqu’au bout des gants qu’il ne retire jamais. Raffiné, mais solitaire tendance misanthrope, Virgil est un expert reconnu et respecté. Qui a ses petits secrets, comme son ami Billy (Donald Sutherland) qui l’aide, au mépris de la déontologie de sa corporation, à acquérir certaines toiles. Les règles de Virigil vont être ébranlées quand une mystérieuse femme le contacte pour expertiser son héritage.

Les tailleurs de Virgil Oldman vont comme un gant à l’inévitable Geoffrey Rush, droit comme un I dans ce rôle de "vieux garçon" ("oldman") littéral, variation sur ses incarnations d’"artisans" précédentes ("Le tailleur de Panama" ou le logopède du "Discours d’un roi"). L’académisme désormais figé de Giuseppe Tornatore pourrait convenir à ce personnage. Mais il ne fait que souligner le manque d’aspérités de cet europudding désincarné : on se croit au début à Londres, mais les rues et les façades évoquent rapidement un urbanisme plus latin. Rome, pense-t-on en regard du réalisateur. Non : l’Europe centrale découvre-t-on au détour des images par la faute d’un chef déco peu regardant.

Le scénario s’avère également, mais volontairement cette fois, un trompe-l’œil : ça démarre comme un thriller façon "I Walk with a zombie" avec une belle recluse dans une demeure vénérable, ça vire à la romance, à la mécanique (trop) prévisible, et ça débouche sur un coup de théâtre forcé. Mais qui arrive si loin dans une narration si lente, et qui s’étire à son tour en un épilogue superfétatoire que la patience des plus indulgents en sera émoussée, n’était l’interprétation sans faille de Rush, seule "meilleure offre" d’une production qui tient de l’antiquité. A.Lo.

Réalisation et scénario : Giuseppe Tornatore. Avec Geoffrey Rush, Donald Sutherland, Jim Sturgess, Sylvia Hoeks,… 2h04.