Une Violette Leduc sans soufre

Une Violette Leduc sans soufre
Heyrendt Hubert

Bisexuelle (son récit "L’affamée" est celui de son amour impossible pour Simone de Beauvoir), divorcée, avortée (le thème de "Ravages"), fille indigne ("L’Asphyxie"), souffrant de délires paranoïaques qui la feront interner à plusieurs reprises, Violette Leduc a tout de l’écrivain maudit. Si elle n’a jamais connu le succès populaire (à l’exception de son autobiographie romancée "La Bâtarde"), elle a néanmoins été admirée et soutenue par toute l’intelligentsia française de l’après-guerre : de Beauvoir, Sartre, Camus, Genet, Cocteau, Sarraute… Bref, un auteur qui a fait de sa vie le terreau d’une œuvre forte, difficile pour l’époque, car traitant de la féminité dans ce qu’elle a de plus intime.

Quand on découvre Violette à l’écran, on ne retrouve pas cette colère. Martin Provost transforme, en effet, l’écrivain scandaleuse en une femme banale, médiocre, ne se mettant à l’écriture que pour plaire à Maurice Sachs d’abord, Simone de Beauvoir ensuite. Bourrée de mimiques, Emmanuelle Devos surjoue son personnage "attachiant". Du coup, le spectateur a vraiment du mal à s’intéresser à sa vie assez terne. D’autant que Provost n’évoque que très peu son rapport à l’écriture, incapable de nous faire partager la force de sa littérature. Le réalisateur l’affirme clairement : "Séraphine et Violette sont sœurs." Comme le peintre du dimanche qu’incarnait Yolande Moreau en 2008, Violette Leduc est, en effet, une outsider, un écrivain qui ne fera jamais partie du sérail germanopratin. Mais à trop vouloir faire rentrer Violette dans les cases de Séraphine, le cinéaste grossit le trait et affadit son héroïne. Lumière, ambiance, rythme, tout est poussiéreux dans "Violette". Seul rayon de soleil dans cette grisaille, l’épatante Sandrine Kiberlain, géniale en Simone de Beauvoir.

H. H.

Réalisation : Martin Provost. Scénario : M. Provost, Marc Abdelnour&René de Ceccatty. Avec Emmanuelle Devos, Sandrine Kiberlain, Olivier Gourmet… 2 h 19.

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