Recto

- Persconf. Itinera Institute: voorstelling rapport "Van NoGov naar îGoodGov" - Présentation du rapport de l' Itinera Institute : "De îNoGov à îGoodGov" * Jean Hindriks 25/10/2011 pict. by Bert Van den Broucke / © Photo News
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Entretien : Thierry Boutte

Jean Hindriks

Co-auteur avec Marijn Verschelde de l’étude "L’école de la Chance" (sur la pertinence de l’enquête Pisa) dans la revue Regards économiques, fév. 2010. Professeur d’économie à l’UCL.

L’enquête Pisa est-elle utile ? Bien sûr. Pour nous positionner par rapport aux autres pratiques d’enseignement. Ce baromètre de l’état des connaissances et de la maîtrise de compétences de nos élèves de 15 ans inclut l’ensemble des réseaux, général mais aussi technique et professionnel. Cette enquête est-elle fiable ? Elle part d’un cadre de références universelles en sciences, lecture et mathématiques. En sciences, on mesurera la capacité des élèves à identifier des questions scientifiques ou non. "Faut-il rendre obligatoire le vaccin contre la grippe ?" n’en est pas une. Mais "la grippe est-elle une maladie contagieuse ?" est une question scientifique. Vient ensuite la capacité à expliquer des phénomènes scientifiques puis à utiliser des faits scientifiques dans le quotidien. La lecture mesurera la maîtrise du langage et de la syntaxe. Les mathématiques viseront la compréhension de différents concepts. Une grille ramène les résultats sur une échelle comparable entre tous les pays. Sa valeur est-elle reconnue ? Le taux de participation volontaire à cette enquête le prouve : plus de 60 pays avec leur propre système éducatif et programmes scolaires. Les mandataires politiques et le monde de l’enseignement y sont attentifs. Leur positionnement sur une échelle internationale est difficile à contester. L’enseignement, c’est la préparation de l’avenir. Si le niveau est faible aujourd’hui, on peut s’inquiéter de notre prospérité future. Pourquoi le niveau des élèves dans certains pays - ou régions comme la Flandre - est-il plus performant qu’en Fédération Wallonie-Bruxelles ? Les élèves de Shanghai ont pris la tête. Le gouvernement chinois local a poussé l’ensemble des enseignants à redresser le niveau de connaissance des élèves mais aussi à bien se préparer aux tests Pisa, comme on peut se préparer à un contrôle technique ou à examen de permis de conduire. C’est possible vu les questions quasi similaires présentées tous les 3 ans. Dans les meilleurs, le modèle finlandais pratique une politique de l’excellence par l’intégration. En résumé, il remonte le niveau moyen des élèves en ciblant les plus faibles. Là est le vrai défi : parvenir à remonter le niveau des plus faibles sans couper les ailes des meilleurs élèves. La Flandre affiche de bons résultats moyens mais via un système assez élitiste qui pousse les meilleurs élèves et laisse de côté les plus faibles. Toutefois, en Flandre comme du côté francophone, il existe de grandes inégalités entre élèves et entre écoles. Alors que l’enseignement en Communauté française est un des plus financés de tous les pays de l’OCDE (6 % de part des dépenses publiques d’enseignement dans le PIB), comment expliquer que notre enseignement apparaît si peu performant et comme un des plus inégalitaires ? Le bagage familial et l’origine sociale pèsent sur les résultats scolaires de l’élève. Cette inégalité de chance dans notre système scolaire interpelle. Une des raisons est le grand niveau de ségrégation des élèves entre écoles et aussi entre filières. Les élèves en technique et professionnelle où les résultats sont moins bons sont plus souvent issus de milieux défavorisés. Ce déterminisme social est moins présent dans d’autres pays où les filières sont mieux intégrées mais surtout, comme en Finlande, où on a introduit davantage de différenciation au sein des classes plutôt que de faire des différences entre écoles. Dans une classe vont se côtoyer des groupes de niveaux différents - faible, moyen ou fort - qui permettent une progression dans l’année. On ne relègue pas les élèves faibles dans des écoles faibles. Que manque-t-il à cette enquête Pisa ? La prise en compte du décrochage scolaire. Pisa interroge les élèves de 15 ans qui sont en classe, pas ceux qui ont quitté précocement l’école. Et ce n’est pas rien. Le décrochage scolaire n’existe quasi pas en Finlande, il représente 7 % des élèves en Flandre mais 15 % en Wallonie (18 % des garçons) et 23 % des garçons à Bruxelles, soit près d’un sur quatre, un triste record ! On peut supposer que tous ces enfants qui ne participent pas à l’étude Pisa, auraient des résultats aux tests très mauvais. L’enquête est donc biaisée en Fédération Wallonie-Bruxelles : les résultats sont surestimés. Et les enseignants le savent.

Entretien : Thierry Boutte

"Les élèves de Shanghai ont pris la tête. Le gouvernement chinois local a poussé l’ensemble des enseignants à redresser le niveau de connaissance des élèves."