Les Tchadiens "quittent Bangui"

Cros Marie-France

Centrafrique

Le jour de Noël a pris des allures de ville morte à Bangui, où personne ne circulait dans les rues, à part quelques patrouilles de la Misca (forces d’interposition africaines), alors que les tirs ont retenti dans la ville toute la journée.

Mercredi matin, un porte-parole de la Misca a annoncé le prochain départ de Bangui du contingent tchadien (850 hommes) qui sera envoyé "sécuriser le Nord dans les prochains jours". Officiellement, la décision est indépendante des incidents de plus en plus nombreux impliquant les soldats tchadiens dans des violences. De nombreux habitants de Bangui, très majoritairement chrétiens, les accusent de complicité avec les ex-rebelles de la Seleka, une coalition hétéroclite d’insurgés du nord-est du pays, frontalier avec le Tchad et majoritairement musulman, rejoints par des bandits tchadiens, soudanais et centrafricains. La Seleka sème la terreur à Bangui depuis mars.

Lundi, une manifestation de Banguissois, célébrant l’intervention française - venue officiellement appuyer la Misca - et demandant le départ des soldats tchadiens, a été prise pour cible par des soldats tchadiens; un manifestant a été tué. Et alors que des soldats burundais de la Misca désarmaient six ex-Seleka, deux soldats tchadiens de la Misca ont attaqué les Burundais à la grenade avant de repartir avec les six ex-Seleka. Le Tchad nie tout incident, mais tant la population que les soldats burundais rapportent la même version.

Sécession?

Samedi dernier, Ndjamena avait commencé à évacuer ses ressortissants en Centrafrique, où ils sont victimes de représailles de la part de milices chrétiennes "anti-balaka", qui tuent des civils musulmans pour se venger des exactions de la Seleka, ressentie comme étrangère dans l’ouest et le sud de la Centrafrique.

Ces tensions renvoient à l’histoire mouvementée de la Centrafrique postindépendance, qui a connu une succession de coups d’Etat soutenus par la France et souvent par le Tchad - le meilleur allié militaire de Paris dans la région.

Dimanche, Abakar Sabone, ancien chef de la Seleka aujourd’hui conseiller du président Djotodia - au pouvoir depuis le renversement du président Bozizé par la Seleka en mars - a déclaré: "Si d’ici une semaine, aucune solution pour la paix n’est trouvée, alors tous les musulmans partiront" vers le nord du pays dont ils sont originaires. M. Sabone a toutefois été désavoué par le chef de l’Etat.

MFC (avec AFP)