Karin, Bouli, Corinne, Philippe, Claude et les autres

Karin, Bouli, Corinne, Philippe, Claude et les autres
Denis Fernand

Karin Viard, Bouli Lanners, Corinne Masiero, Philippe Rebbot, Claude Gensac… que des acteurs, des gens qu’on aime bien, avec qui on est ravi de passer deux heures. Ça tombe bien, Solveig Anspach les a rassemblés pour nous raconter une histoire, celle de "Lulu, femme nue".

Ça fait sexy, comme titre. Faut voir. Lulu, c’est Lucienne, c’est Karin Viard, un peu décalée. D’ailleurs, elle est entrée dans la toilette des hommes pour se refaire une beauté avant l’entretien d’embauche. Non seulement, on lui écrira, mais en la raccompagnant, l’employeur lui a recommandé de soigner sa présentation. Le pire, c’est qu’il a dit cela gentiment, pour l’aider. Elle ne voit pas ce qui cloche dans sa présentation. Nous non plus. Dans sa tenue en tout cas. Ce qu’on a vu, c’est un visage tout "souchonné" : "Ça se passe pas boulevard Haussman à cinq heures, on sent monter une vague des profondeurs. Des visages tout d’un coup s’inondent…"

Bref, elle rate le train du retour. Et passe la nuit dans un petit hôtel. Le lendemain, de retour à la gare, elle se rend compte qu’elle a oublié son alliance sur le bord de l’évier. A nos actes actés ! Jean-Jacques Goldman, maintenant. C’est plus une critique, c’est une play-list. Retour à l’hôtel. Plus d’alliance près de l’évier. Elle a dû glisser dans le siphon, faudra repasser.

Alors, elle se promène le long de la plage de Saint-Gilles. Pas 1160 Bruxelles. Saint-Gilles-Croix-de-Vie en France, une station de Vendée, un peu hors du temps et de toute façon hors saison. Au pied d’une petite falaise, gît un homme inanimé. Oh, mon Dieu ! Elle se précipite. Il ne bouge pas, il répond pas, il est le mort ? Non, il fait le mort - nuance -, c’est son truc pour faire connaissance. Il a l’air gentil et bien moins givré que ses deux frères Dupont et Dupond, déformant à tour de rôle ce que l’autre a dit.

Voilà, l’histoire est partie, elle est sur les rails d’une femme qui déraille. Lulu va-t-elle aller de l’avant ? Aller dans le sens du vent ? Faire machine arrière ? Sa famille va-t-elle la rattraper ? On ne sait pas. On est avec elle. On palpite avec elle, on sent tout ce qu’elle ressent, les sensations agréables et les autres aussi.

Karin Viard est une actrice toujours formidable, mais chez Solveig Anspach, elle a un quelque chose de vrai en plus. "Lulu, femme nue", c’est pas un rôle à César comme "Haut les cœurs", mais c’est un rôle qui vibre. Et Bouli, vous l’auriez imaginé en séducteur au cinéma ? Solveig Anspach, oui. Elle laisse son charme agir, c’est pas de la drague, c’est plus profond, sincère, inattendu.

Alors, on vous laisse la surprise d’un film qui se termine sur une jolie phrase après être passé par un peu tous les sentiments de cette comédie existentielle sur fond de quarantaine. Un petit film qui ne paie pas de mine, ne se prend pas la tête, n’a pas une proposition formelle forte comme "Elle s’en va" (on y pense d’autant plus avec Claude Gensac). Juste un petit film foutraque, chaleureux, dépaysant comme ces stations de Vendée. Un petit movie où l’on se feel good.

Fernand Denis

Réalisation, scénario : Solveig Anspach, d’après la bande dessinée homonyme d’Etienne Davodeau. Avec Karin Viard, Bouli Lanners, Claude Gensac, Corinne Masiero, Philippe Rebbot… 1h27