Des petits Belges chez les Shebab de Somalie

Laruelle Jacques

Terrorisme

Son trousseau de clés, son GSM, son portefeuille et son passeport algérien ainsi qu’un GSM neuf avec une carte SIM, bien en vue sur la table de la cuisine : voilà ce qu’a découvert, au petit matin du 15 avril 2011, Loubna, sur la table de la cuisine de leur logement de Molenbeek.

Son mari, Rachid Benomari, un Français d’origine algérienne âgé de 40 ans, venait de rejoindre une voiture dont elle a entendu le moteur tourner dans la rue. Elle ne l’a plus vu depuis lors, mais elle a eu régulièrement de ses nouvelles de Somalie, comme en attesteront des écoutes téléphoniques dans le cadre de l’instruction pour terrorisme. Elle se retrouve aujourd’hui sur le banc des prévenus du tribunal correctionnel de Bruxelles qui juge 19 personnes, dont quatre femmes, dans le cadre de cette filière d’envoi de combattants vers la Somalie et, peut-être la Syrie.

Seul un des prévenus est toujours détenu en Belgique. Rachid Benomari, ainsi que deux autres hommes, ne seront pourtant pas là. Et, pour cause, ils purgent une peine d’un an de prison pour séjour illégal au Kenya, où ils ont été appréhendés en juillet après avoir quitté la Somalie. Le parquet fédéral espère qu’ils pourront être extradés d’ici mars, quand débutera véritablement le procès. L’audience de ce matin ne doit en effet servir qu’à fixer le calendrier.

Loubna, lorsqu’elle sera interrogée par la police l’année dernière, dira qu’elle pensait que son mari, qui vivotait en Belgique en donnant des cours de boxe, était parti en Angleterre, comme il lui en avait confié le projet. Et qu’elle ne pensait pas qu’il irait faire le Djihad en Somalie, même si elle savait qu’il admirait les combattants. Le couple avait déjà fait poser leurs jeunes enfants avec des armes factices devant un drapeau qui était le signe de ralliement des islamistes.

Des problèmes avec sa femme

De Somalie, Rachid Benomari enverra également des photos, notamment où on le voit avec un grand couteau : "pour trancher les gorges des infidèles", lui dira-t-il. Il demandera également à sa femme de montrer à son fils aîné des vidéos, envoyées via Internet, où on le voit poser avec des armes à feu.

L’enquête permettra d’identifier les trois autres hommes qui ont quitté en voiture Molenbeek le 15 avril 2011. Ils gagneront la Turquie, d’où ils prendront un avion pour la Tanzanie, avant de gagner la Somalie par voie de terre. Il y a un certain Nabil M., dont on sait peu. Le deuxième est Mustapha Bouyahbaren, dont la famille est persuadée qu’il a été radicalisé par Rachid Benomari.

Le dernier s’appelle Hassan Kafi, un coiffeur de 38 ans, qui avant son départ, connaissait des problèmes avec sa femme. C’est le seul à être revenu en Belgique. "Pendant un an, il a été endoctriné jusqu’à ce qu’il les accompagne", dit son avocat, Me Henri Laquay. Et d’ajouter qu’il "reconnaît s’être rendu en Somalie mais conteste s’y être entraîné au combat. Une fois sur place, il ne voulait qu’une chose : rentrer." Ce qu’il a fait après quelques mois, non sans mal. Il aurait ainsi quitté la Somalie à pied pour le Kenya, où il est resté incarcéré six mois avant de rentrer à Bruxelles le 11 septembre 2012. Cueilli par la police à son arrivée, il a été libéré en juin 2013.

D’autres hommes sont également poursuivis pour avoir voulu gagner des terres de Djihad. Youssef, le jeune frère de Mustapha Bouyabaren, son copain Ismael E.M. ainsi que Souleyman E.B. ont aussi voulu gagner la Turquie par la route. Ils étaient guidés par Nasreddine F., un Algérien qui a obtenu l’asile politique en Belgique. Leurs plans sont tombés à l’eau lorsque ce dernier, porteur d’un faux passeport, a été arrêté à la frontière entre la Bulgarie et la Turquie en avril 2012.

Un beau carnet d’adresses

Quatre mois plus tard, on les retrouvera en Turquie, près de la frontière syrienne. Des contacts avec Benomari laisseraient entendre qu’ils auraient pu tenter de rejoindre la Somalie. Mais ils auraient tout aussi bien pu avoir rejoint - ou tenté de rejoindre - la Syrie. Ils ont été arrêtés à Paris par où ils avaient préféré rentrer. Défenseur de Youssef Bouyabaren, Me Sébastien Courtoy plaidera l’acquittement dans ce procès où il voit une farce car tout le monde comparaît libre. Les autres prévenus n’ont pas rejoint les zones de combat, mais ils ont apporté un soutien logistique ou financier à la filière. Et certains avaient un beau carnet d’adresses, comme Loubna dont la sœur aînée est la femme qui avait épousé Nizar Trabelsi.

J. La.