Recto

Entretien : Jean-Paul Duchâteau

Philippine de Saint Pierre

Directrice générale de KTO (télévision catholique)

Le pape François en une du magazine rock américain "Rolling Stone", c’est une consécration ?

C’est en tout cas révélateur de l’intérêt que suscite son élection. Manifestement, il fait vendre et on le retrouve donc en première page de beaucoup de publications qui, le plus souvent, s’intéressent peu au message des chrétiens. Mais, quand on lit l’article du magazine "Rolling Stone", on voit qu’il veut en faire une superstar et, pour la beauté médiatique du récit, un leader révolutionnaire en rupture avec l’histoire précédente de l’Eglise. Dans l’article, du reste, le journal a des propos très exagérés et passablement scandaleux à l’égard de Benoît XVI, qu’on décrit comme un pape catastrophique. Ainsi, mercredi, la salle de presse du Saint-Siège s’est exprimée sur ce sujet, ce qui est très rare, en regrettant ce journalisme superficiel et les attaques infondées à l’égard du pape précédent. Cette une est donc révélatrice d’un phénomène médiatique qui n’aborde en rien le fond des choses.

D’une manière plus générale, on constate que le Vatican, sans doute sous l’impulsion de François, ne cesse d’innover dans sa communication. Certains disent qu’il s’agit de pur marketing et que le fond du discours ne suit absolument pas la modernisation de l’image. Votre analyse ?

Les papes, qu’il s’agisse de François, Benoît, Jean-Paul, et d’autres encore dans l’histoire de l’Eglise, ont pour commune caractéristique d’être catholiques. Si on attend que le nouveau pape, au motif de modernisation, se trouve sur le plan de la doctrine en rupture avec ce qu’a toujours dit l’Eglise dans son enseignement, on se trompe. Il existe à cet égard ce que des observateurs appellent la création d’un "faux pape François". Elle incite un certain nombre de médias à sur-interpréter ce que le Pape pourrait dans l’avenir être amené à dire ou faire. Plus précisément, on attend que, sous la bannière de la modernisation, le pape François fasse des choses que certains souhaitent depuis très longtemps dans des domaines concernant la prêtrise, le sacerdoce, l’éthique, qui paraissent aujourd’hui à contretemps de la culture contemporaine. Mais il s’agit là d’une lecture extrêmement superficielle du pape François. Celui-ci invite l’Eglise à être fidèle à l’Evangile et pas à être populaire.

Quand on voit cet engouement partout dans le monde, le phénomène va-t-il repeupler les églises qui se vident, particulièrement dans la vieille Europe ?

C’est déjà le cas. L’intérêt dont bénéficie le pape François permet de rendre l’Eglise à nouveau plus audible. Et on constate un peu partout, mais d’abord dans les continents de nouvelle évangélisation, une assiduité plus importante à la messe dominicale, ainsi qu’à la confession. Mais il serait malhonnête de dire que le fond du message - l’annonce de la Bonne Nouvelle - a changé. En fait, pour en revenir à la question du marketing, le Pape n’a strictement rien à vendre. Il veut simplement faire entendre à ses contemporains la "bonne nouvelle" dont l’Eglise est porteuse.

Vous dites donc que le pape François est plus efficace que son prédécesseur ?

Je ne le formulerais certainement pas comme cela. Mesurer l’efficacité d’un pape, comme vous dites, est quelque chose qui me semble assez complexe. D’ailleurs, cette efficacité ne se mesure pas en termes de communication, qu’il fasse ou non la une de "Rolling Stone". Le Pape est d’abord le représentant pour les catholiques de la tête de l’Eglise. Il est donc à la fois l’enseignant, le garant de l’unité, le pasteur.

Il n’y aurait pas, selon vous, un risque de culte de la personnalité, sans adhésion au fond du message ?

Il y a toujours, pour tout le monde et en tout temps, un risque d’idolâtrie. Mais les catholiques sont naturellement préservés de ce point de vue-là, d’abord parce que l’enseignement de l’Evangile est assez clair. C’est à Dieu qu’on rend un culte et pas aux hommes. De plus, François ne se présente pas comme un gourou, il ne cherche à être le leader de personne. Il est simplement celui des cardinaux à qui l’Eglise a confié la mission particulière de succéder à saint Pierre. Il est garant de l’unité. Il n’essaie nullement d’intervenir dans la vie des Eglises locales, ce qui relève bien de sa conception du gouvernement de l’Eglise.

Entretien : Jean-Paul Duchâteau

"François est simplement celui des cardinaux à qui l’Eglise a confié la mission particulière de succéder à saint Pierre. Il est garant de l’unité. Il n’essaie nullement d’intervenir dans la vie des Eglises locales, ce qui relève bien de sa conception du gouvernement de l’Eglise."