Verso

Entretien : Charles Van Dievort

Peter Annegarn

Président du Conseil interdiocésain des laïcs Président du Forum européen des laïcs.

Le pape François fait aujourd’hui la une du magazine "Rolling Stone". C’est la personnalité "politique" la plus populaire sur Google. Son compte personnel sur Twitter est suivi par plus de dix millions de personnes. Le Vatican révolutionne-t-il sa communication ?

C’est une petite révolution. C’est en tout cas perçu comme ça par beaucoup de monde et c’est ce qui donne au Pape cette allure de rock star. C’est une bonne chose qu’il utilise les médias disponibles actuellement et ce d’autant plus que les médias semblent en être friands. Ce sont des vecteurs, des courroies de transmission pour ce que pense le Pape et de nombreux chrétiens. C’est une opportunité pour toucher les gens. Dès lors, pourquoi le Pape ne les utiliserait-il pas ? Ce n’est cependant pas le seul changement qui rend le pape François populaire. Désormais, le Pape s’adresse aussi à tout le monde. Aux croyants comme aux non croyants. Il ne faut pas être croyant pour adhérer à ce qu’il dit. Depuis le début de son pontificat, il nous invite à sortir tel un hôpital de campagne. Il nous demande d’aller là où sont les blessés et les soigner. Chacun de nous est à la fois blessé et soignant.

Que vous inspire cette peopolisation du Pape ?

On parle d’un graffiti sur les murs à Rome où le Pape apparaît comme une rock star. Ce n’est pas une rock star, mais le monde a besoin de personnes charismatiques comme l’ont été Kennedy ou Mandela. Le Pape a pris une place importante et j’en suis très heureux. Quand il a été élu, je ne pensais pas pouvoir vivre ce moment.

Cette nouvelle façon de communiquer implique-t-elle des changements dans le message délivré par le Vatican ?

La doctrine ne va pas changer et il ne faut pas attendre qu’elle change. Ce n’est pas en tournant un bouton qu’un nouveau pape peut la changer. Si je ne suis pas toujours d’accord avec ce que le pape François dit au sujet de la femme, de la morale sexuelle ou des familles, je ne pense pas que ce soit le plus important. Comme le dit Eric de Beuckelaer, c’est la morale sociale qui doit être au centre de nos préoccupations. L’éthique familiale et sexuelle n’est pas le premier combat à mener.

Pas de changements en dehors de la communication ?

Il y aura tout de même des changements. Récemment, j’ai entendu le cardinal Maradiaga, le chef des huit cardinaux appelés autour du Pape, dire qu’il est évident que le Conseil pontifical pour la famille ne doit plus nécessairement être dirigé par un cardinal. Il peut l’être par un couple. Après Vatican II, après l’évangélisation, on assiste à un troisième souffle. Le Pape parle de la nécessité d’avoir une Eglise missionnaire dans laquelle sont impliqués les laïcs comme les clercs. Le Pape va d’ailleurs certainement donner une importance plus grande aux laïcs, par exemple en créant une congrégation pour les laïcs. Le pape François est aussi très accessible. Il rencontre beaucoup de gens. Il n’est pas sourd et aveugle face à la manière dont vivent les couples. Tous les couples et tous les parents ne sont pas mariés. Je constate de réelles ouvertures. Il a baptisé les enfants de couples qui n’étaient pas mariés religieusement. Il ne faut pas s’attendre à des sorties fracassantes de la part du pape François. Il va y aller tout doucement. C’est petit à petit que des changements vont intervenir. Chi va piano va sano dit-on en Italie.

Le sentiment est pourtant que le Vatican a mis le turbo, avant tout en matière de communication.

Il manquait quelque chose en termes de communication dans l’Eglise. Le ton, le style, les mots et les paroles utilisés étaient compliqués. Il fallait presque être théologien ou psychologue pour comprendre ce que voulaient dire les écrits du Vatican. Aujourd’hui, l’exhortation apostolique du Pape, pour prendre cet exemple, est très lisible, très accessible et très agréable à lire. C’est désormais tout à fait utilisable dans des groupes paroissiaux. C’est aussi en ça que la communication change. L’emballage est aussi important que ce qu’on dit.

Entretien : Charles Van Dievort

"Le ton, le style, les mots et les paroles utilisés étaient compliqués. Il fallait presque être théologien ou psychologue pour comprendre ce que voulaient dire les écrits du Vatican."