Grand cœur malade

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Lorfèvre Alain

Jack est né le jour le plus froid du monde. Le docteur Madeleine, un brin magicienne, l’a sauvé en lui plaçant en guise de palpitant une horloge. Mais celle-ci ne tournera rond que si Jack respecte trois conditions : ne pas toucher à ses aiguilles, maîtriser sa colère et, surtout, ne jamais tomber amoureux.

Devenu adolescent, Jack obtient de Madeleine de pouvoir enfin sortir dans la ville et d’aller à l’école. Il rencontre Miss Acacia, une chanteuse de rue qui n’aime pas la pluie et voit la vie en flou. Les aiguilles de Jack s’affolent. Et malgré le risque, celui-ci n’a plus qu’une obsession : retrouver l’élue de son coucou.

Les fans du groupe Dionysos connaissent déjà ce récit imaginé par le chanteur du groupe, Mathias Malzieu. Sorti à l’origine sous forme de roman, ce conte romantique est devenu un album du groupe - Malzieu interprétant Jack et Olivia Ruiz prêtant sa voix à Miss Acacias. Ce film d’animation, coréalisé par Malzieu avec Stéphane Berla, s’appuie essentiellement sur le second, avec moult séquences chantées où l’on reconnaît en outre les voix de Grand Corps Malade, Arthur H., Jean Rochefort et feu Alain Bashung (dans le rôle de Jack l’Eventreur !).

Entre chants et dialogues, entre jeune public et adultes (le thème du film est globalement sombre), le cœur de cette mécanique balance d’un bout à l’autre, jusqu’à une fin d’ailleurs relativement abrupte - afin, sans doute, de ne pas trop perturber les plus jeunes têtes du public.

Cet écueil narratif est compensé par plusieurs très belles séquences. Si l’imaginaire de Malzieu ne peut pas toujours cacher ses inspirations, il sait se faire inventif. Dans un ensemble en images de synthèse qui lorgne vaguement vers les films en stop-motion de Tim Burton, surgissent des séquences oniriques qui s’appuient sur d’autres esthétiques - voir, notamment, la très belle traversée de l’Europe en train, avec effet de papier découpé et de pop-up.

Le tout ressemble parfois au caprice d’un artiste gourmand à qui on ne refuse rien (ou presque). Mais on ne peut qu’apprécier la qualité technique et artistique de l’ensemble, qui n’a rien à envier aux productions américaines, l’originalité et un brin d’audace en plus. Soulignons d’ailleurs l’apport du studio belge Walking the Dog, qui a fourni un immense travail sur ce film. Qui reste néanmoins un objet hybride, qui, à trop hésiter entre ses publics potentiels, risque de tous les laisser frustrés.

A.Lo

Réalisation : Mathias Malzieu et Stéphane Berla. 1H34. A partir de 10 ans.