Poelvoorde au pays de l’or noir

Poelvoorde au pays de l’or noir
Lorfèvre Alain

José Stockmans est chasseur de têtes. Ou plutôt de pieds, puisque ses clients sont les clubs de foot belges. Son terrain de chasse : la Côte d’Ivoire. Il a ses quartiers dans un hôtel de luxe, son chauffeur, son petit club local et son deuxième bureau - Gege, une prostituée, qui aimerait bien que José la ramène en Belgique. Alors que la source des talents semble tarir au même rythme qu’augmentent les candidats à l’exil sportif, José découvre Koné Yaya, un gamin de la rue, chez qui il flaire un grand potentiel.

Pour leur quatrième collaboration ensemble, Benoît Poelvoorde et Benoît Mariage offrent une variation sur leurs précédents "Les Convoyeurs attendent" et "Cow-Boy". José a le tempérament de coach de Roger dans le premier et l’obstination têtue du journaliste sur le retour en quête du gros coup du second. Et comme d’habitude chez Benoît Mariage, la fiction, aux relents de satire, est un prétexte à traiter d’un sujet d’actualité - ici la traite footballistique.

José n’est pas forcément un mauvais bougre. Juste un professionnel un brin opportuniste, au paternalisme post-colonial. "Il n’y a rien de plus con qu’un Blanc qui se prend pour un Noir", dira-t-il d’un confrère naïf. Lui se considère évidemment comme un Blanc pas con qui sait ce qui est bien pour les Noirs. Du moins ceux agiles avec un ballon. Yaya, lui, garde la tête froide sur les épaules. Il sait qu’on n’a qu’une chance comme celle que José lui offre, mais il n’est pas dupe non plus, ni des opportunités réelles ni de l’altruisme de José.

Contrairement aux apparences, et malgré le gros accent forcé dont est affublé (inutilement) Poelvoorde, "Les Rayures du Zèbre" est plus fin qu’il n’y paraît. Pas forcément politiquement correct, non plus. Sa représentation franche et sans fard des rapports Africains-Européens dérangera les âmes trop bien pensantes alors qu’elle est à peine caricaturale. De même que sa radioscopie de la réalité des à-côtés du foot, sans tomber dans le discours moralisateur, évite les fausses pudeurs.

Chaque personnage a quelque chose à défendre. Et Mariage la lui offre avec sa sensibilité habituelle, trouvant le bon équilibre entre humour incisif, réparties ciselées et émotion. Il sait aussi laisser s’installer les silences qui en disent longs. La mise en scène est sans esbroufe, au service du récit et des acteurs, qui trouvent leur place. Le réalisateur, fort de ses expériences documentaires, restitue avec pertinence la réalité des rues d’une métropole africaine - servi par des seconds rôles particulièrement convaincants, Marc Zinga en tête.A.Lo.

Réalisation et scénario : Benoît Mariage. Avec Benoît Poelvoorde, Marc Zinga, Tatiana Rojo, Tom Audenaert,... 1h20