Dany Boon à la pharmacie

Dany Boon à la pharmacie
Denis Fernand

Après son Nord et les Ch’tis, après la frontière et les Belges, Dany Boon se rapproche-t-il de lui-même et de ses phobies ?

Romain est hypocondriaque, il voit des microbes partout: les joues, les mains courantes du métro, les chiens, les salles d’attente… Son appartement vaut le coup d’œil, des rayons d’étagère avec les éditions complètes de Novartis et autres GlaxoSmithKline : des flacons, de comprimés, des pommades, des sirops…

Il y a 18 ans, son médecin - dont il fut le premier client -, trouvait cela plutôt intéressant comme pathologie, surtout en fin de mois, mais aujourd’hui, il est devenu son patient le plus encombrant. Plus moyen de s’en débarrasser. Mais comment le guérir, alors ?

Notre généraliste a une conviction qui ne doit rien à la chimie, qu’il ne peut prescrire sur ordonnance : le remède, c’est l’âme sœur. En attendant, comme la fréquentation des sites de rencontres n’est pas une réussite, il l’emmène à Calais dans un hôpital de campagne accueillant des réfugiés des Balkans, espérant ainsi un électrochoc au contact de vrais patients.

Ce n’est qu’une très grosse ficelle pour monter un maousse quiproquo. Dany Boon, ce n’est pas de la dentelle, c’est de la mécanique, souvent efficace, avec cette touche de vécu qui fait la différence dans "Bienvenue chez les Ch’tis" et déjà un peu moins dans "Rien à Déclarer". Dans "Supercondriaque", la mécanique tourne régulièrement à vide. Il y a bien de temps en temps une réplique qui claque du calibre de "je suis de gauche mais socialiste non pratiquant" ou une scène amusante comme celle du métro où son obsession de ne s’accrocher à rien le transforme en danseur contemporain. Mais "Supercondriaque" s’égare dans une sous-intrigue pénible au lieu de traiter son malade imaginaire, comme Molière ou Jerome K. Jerome en leur temps.

L’idée, sans doute, c’était de reformer la paire gagnante Boon-Merad, de retrouver cette complicité qui renvoie à Bourvil-de Funes, cette alchimie à 20 millions d’entrées. En voyant ce scénario avec ses grosses cordes, ses situations pataudes, l’alchimie est restée à la maison. Dany Boon fait son numéro de grimaces, tire la couverture en faisant à la fois Bourvil et de Funès. Ce n’est vraiment pas la comédie de malade à laquelle on pouvait s’attendre.

F.Ds

Réalisation, scénario : : Dany Boon. Avec Dany Boon, Alice Pol, Kad Merad… 1h47

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