Pour 6 000 briques, t’as une pub

Lorfèvre Alain

Cela fait déjà une petite décennie que les briquettes de couleurs inventée par le Danois Ole Kirk Christiansen en 1949 ont quitté les salles de jeu des gamins pour les consoles ou les petits écrans : Internet regorge de petits films plus ou moins amateurs plagiant des scènes de films célèbres. De là à imaginer la "Grande Aventure de Lego", il n’y avait qu’un pas.

Au scénario et à la réalisation, plutôt que de simples faiseurs, on trouve le tandem composé de Phil Lord et Chris Miller, déjà auteurs du remarqué "Tempêtes de boulettes géantes". Ils apportent le même esprit farfelu malgré un scénario d’initiation cousu de fil blanc.

Emmet, ouvrier ordinaire à Brickville se retrouve par hasard être l’élu annoncé par une prophétie pour renverser Lord Business, qui règne tel un Big Brother dans les coulisses d’un monde en apparence libre et joyeux. Avec l’aide d’une jolie rebelle, Cool Tag, du fiancé de celle-ci, qui n’est autre que Batman, et de Vitruvius, auteur de la prophétie, Emmet doit empêcher la destruction du monde…

De "La guerre des étoiles" à "Truman Show", les adultes identifieront les références et clins d’œil qui agrémentent le film. Les gamins seront éblouis par les prouesses techniques. On ne distingue pas ce qui tient du trucage numérique ou de la "simple" animation de figurines. Le film nous replonge dans les scénarios que l’on s’inventait, enfant, sur le tapis de jeu de nos chambres à coucher.

Reste une ambiguité. Le monde d’Emmet est une caricature à peine forcée de l’Amercian Way of Life, avec ses cohortes d’ouvriers chantant en boucle le gavant "Everything is Awesome When You’re Part of Team" ("Tout est formidable quand on fait équipe"). Dénoncer la dictature consumériste tout en y participant avec un produit de masse, voilà qui tient, au choix, de l’hypocrisie ou de la schizophrénie. Car gageons que les kids n’auront qu’une envie en sortant du film : se payer une brique.

A.Lo.

Réalisation et scénario : Phil Lord et Chris Miller. 1h40