"Le passage de l’âge adolescent à l’âge adulte est un moment à la fois fascinant et universel"

86892 Falour/Starface 2009-09-15 Gaumont Marignan Paris France Avant-première du film " Les arbitres" au Gaumont Marignan à Paris. Les 3 réalisateurs du film : Delphine Lehericey entre Yves Hinant et Eric Cardot. Starface / Reporters
86892 Falour/Starface 2009-09-15 Gaumont Marignan Paris France Avant-première du film " Les arbitres" au Gaumont Marignan à Paris. Les 3 réalisateurs du film : Delphine Lehericey entre Yves Hinant et Eric Cardot. Starface / Reporters ©Starface / Reporters
Lorfèvre Alain

Delphine Lehericey évoque les éléments biographique de son scénario, la rencontre avec Solène Rigot et ses choix de mise en scène.

Révélée en 2007 avec son moyen métrage "Comme à Ostende" présenté au Festival de Locarno, la Suissesse (installée en Belgique) Delphine Lehericey a signé depuis deux documentaires : le collectif "Les Arbitres" (2007) et "Mode in Belgium" (2012). "Puppylove" est son premier long métrage de fiction.

Vous avez expliqué que ce film contient des éléments autobiographiques. Quels sont-ils ?

Je n’ai pas fait d’école du cinéma, je ne viens pas du cinéma. J’ai besoin d’avoir quelque chose de réel pour savoir où poser la caméra. Il faut que ce soit instinctif. J’ai utilisé plusieurs éléments d’histoires qui me sont arrivées ou que je connais. Après, je me suis rendu compte que c’était intéressant de nourrir cela avec de la fiction. Le passage de l’âge adolescent à l’âge adulte est un moment à la fois fascinant et universel. Ce moment hormonal-là, on ne le vit qu’une fois. C’est étrange de sentir son corps qui change, d’avoir ces pulsions sexuelles ou de vie.

N’avez-vous pas cherché à tourner avec de vraies adolescentes ?

J’ai commencé par là. Pendant neuf mois, nous avons cherché en Belgique, en France et en Suisse des comédiennes dans la tranche d’âge 14-18 ans. Mais le film était encore au tout début de son financement et à cet âge, on change très vite. Et je me suis rendu compte que je ne voulais pas prendre la responsabilité d’emmener une jeune fille de cet âge sur un tournage, qui est aussi une expérience très particulière. Compte tenu du sujet, il y avait le risque de la confronter à ses propres questionnements. Nous sommes donc passés à des jeunes filles majeures. J’ai d’abord rencontré Audrey Bastien, pour le rôle de Julia, qui m’a amené Solène Rigot.

Cela s’est fait comme une rencontre quand on fait un documentaire, où l’on croise une personne que l’on a envie de suivre. Elle est venue le dernier jour. Elle a passé la porte après neuf mois, et c’était elle, c’était Diane. Je me suis dit : "Mais t’étais où, toi, pendant neuf mois ?" Avec le recul, je me rends compte que je me cherchais, telle que j’étais à 15 ans. Je voulais une jeune fille qui était encore dans l’enfance, mais qui avait aussi ce côté un peu buté et un côté garçon manqué mais pas trop. Je ne voulais pas d’une comédienne qui soit trop tragique. Qui ait un mélange de timidité et de désir. Je voulais plus rencontrer une personnalité qu’une actrice.

Vous êtes-vous censurée dans le scénario ou la mise en scène ?

Le scénario était plus trash que le film. On a envisagé à un moment d’engager des doublures pour les scènes de nudité et de sexe. J’avais en tête les films de Larry Clark ou de Bruno Dumont et leur manière directe de filmer. Je trouvais important de montrer que ces ados ont une sexualité pour de bon. Tant qu’à montrer une première fois, il fallait assumer et aller jusqu’au bout. Mais je me suis aperçu que ce n’était pas utile et que ce n’était pas le film que je voulais réaliser. C’est grâce à Solène que j’ai trouvé ma place, parce que je ne voulais pas lui imposer des scènes contre son gré. Je voulais protéger les acteurs et respecter leurs limites. Les contraintes sont bénéfiques, elles poussent à créer. La suggestion est intéressante : faire croire qu’on a montré plein de choses alors qu’on ne montre rien du tout. On a par exemple eu plein de réaction concernant la scène de l’hôtel. On m’a dit : "On voit tout." En fait, on ne voit rien du tout !