Vingt ans de prison pour terrorisme

Laruelle Jacques

Les peines sont lourdes pour les Bruxellois qui ont combattu en Somalie et leurs soutiens.

Jamais un tribunal belge n’avait prononcé de peine aussi lourde dans un dossier de terrorisme islamiste. Le Molenbeekois Rachid Benomari, qui n’a été extradé qu’à la toute fin de son procès et qui avait choisi de faire défaut, a été condamné hier par le tribunal correctionnel de Bruxelles à vingt ans de prison ferme.

Les autres peines, prononcées à l’encontre des autres prévenus, sont également très lourdes : le tribunal a distribué un total de 60 ans de prison ferme et 19 ans de prison avec sursis à l’encontre de 18 prévenus. Seul un, en raison de son très jeune âge, a bénéficié de la suspension du prononcé. Aucun n’a été acquitté.

Rachid Benomari, un Français d’origine algérienne, était considéré comme le chef de cette filière. Il avait disparu au petit matin du 15 avril 2011. Il avait abandonné son trousseau de clés, son GSM, son portefeuille et son passeport algérien ainsi qu’un GSM neuf avec une carte Sim neuve, bien en vue. Sa femme, Loubna Berrou, les découvrira sur la table de la cuisine.

Avec trois autres Molenbeekois, il s’est rendu en Turquie en voiture. D’Istanbul, ils ont rejoint le Kenya en avion. Par voie de terre, grâce à des passeurs, ils ont gagné la Somalie pour rejoindre les Shebab, un groupe islamiste affilié à Al Qaïda.

Loubna Berrou gardera le contact avec son mari jusqu’à ce qu’elle soit arrêtée en septembre 2012. Benomari, qui avait recruté le coiffeur Hassan Kafi, Mustapha Bouyahbaren et Mohamed Saïd, pour constituer "sa caravane" - selon l’expression des djihadistes pour nommer leurs groupes - ne sera jamais avare de nouvelles. Il enverra des photos de lui, armé de kalachnikovs ou de couteaux, laissant entendre qu’il a égorgé des "mécréants".

L’ombre de Trabelsi

Et Loubna Berrou en redemandera, semble-t-il. Sa sœur aînée a épousé religieusement Nizar Trabelsi pour tenter d’empêcher son extradition vers les Etats-Unis. Elle affublera un de ses fils de la tenue du parfait djihadiste, avec arme factice. Le plus âgé de ses fils, à peine 18 ans, sera d’ailleurs sur le point de partir. Elle assurera un appui logistique au départ de Bruxelles. Cet appui prendra surtout la forme de collectes d’argent. C’est elle qui collationnera les dons, qui seront envoyés à son mari. Elle a été condamnée hier à quatre ans de prison, avec sursis en raison de sa prise de conscience.

Car, dans le quartier, beaucoup semblent au courant du départ vers la Somalie des quatre hommes. La police sera rapidement informée car l’épouse d’Hassan Kafi a signalé sa disparition. Ce sera le seul des quatre à, semble-t-il, quitter de lui-même la Somalie.

Redevenu coiffeur, ne pouvant bénéficier du sursis en raison d’une condamnation antérieure pour vol avec violences, il a été condamné à trois ans ferme mais son avocat, Me Henri Laquay, lui a évité hier une arrestation immédiate.

D’autres tenteront de rejoindre la Somalie en 2012. Ils seront trois au mois d’avril mais l’arrestation, pour faux papiers à la frontière turque, de celui qui avait les contacts avec les passeurs, les empêchera d’aller plus loin.

Les deux qui sont restés en carafe tenteront à nouveau leur chance en août avec deux autres. Ils disent qu’ils voulaient rejoindre la Syrie mais ils se dégonfleront à la dernière minute. Et seront arrêtés à leur retour.

Jacques Laruelle