Le conte à l’envers

Heyrendt Hubert
Angelina Jolie as Maleficent in Disney's MALEFICENT credit: Disney
Angelina Jolie as Maleficent in Disney's MALEFICENT credit: Disney

Disney relit sa "Belle au bois dormant" du point de vue de la reine Maléfique.C’est le monde à l’envers ! On connaît tous l’histoire de "La Belle au bois dormant". Maudite dans son berceau par une infâme reine, la princesse Aurore se piquera le doigt à l’âge de 16 ans sur un fuseau et sombrera dans un sommeil éternel. Etc. Cela fait des siècles que ce magnifique conte populaire se transmet oralement, dans des versions littéraires (de Perrault aux Grimm) et sur grand écran, notamment grâce au chef-d’œuvre de Disney de 1959. Dans "Maléfique", c’est une tout autre version du conte qui est proposée !

Depuis quelques années, Disney a pris l’habitude de réinterpréter son univers, que ce soit du côté de la comédie romantique (avec l’amusant "Enchanted" en 2007 par exemple) ou de la série télé (avec le carton de "Once Upon a Time"). Après l’"Alice au Pays des merveilles" de Burton et "Le monde fantastique d’Oz" de Sam Raimi, Disney poursuit sa relecture des classiques avec "Maléfique", qui entend réhabiliter l’un des personnages les plus sombres de son bestiaire.

Au début du film, on découvre une jeune fée espiègle virevoltant dans le Royaume enchanté : Maléfique. Celle-ci se lie d’amitié avec Stefan, un gamin de son âge du royaume voisin. A 16ans, celui-ci affirme lui faire cadeau d’un baiser d’amour. Mais quelques années plus tard, torturé par l’ambition, le jeune homme n’hésite pas à se servir de leur amitié pour arracher les ailes de celle qui ose résister aux humains, geste odieux qui lui permet de monter sur le trône. Le roi Stefan est désormais l’ennemi juré de Maléfique, qui prononce sa terrible malédiction sur le berceau de sa fille Aurore…

De façon très intelligente, la scénariste Linda Woolverton (qui a bossé sur "La Belle et la Bête", "Mulan", "Le roi Lion"…) pervertit le conte populaire, le rend moins manichéen, le complexifie en changeant totalement notre regard sur la méchante, en l’humanisant. Maléfique ne fait en effet que se venger de la trahison d’un homme. Cette lecture féministe va d’ailleurs jusqu’à complètement escamoter la figure du prince Charmant !

Malheureusement, Robert Stromberg n’est franchement pas la personne la plus subtile pour porter cette ambition à l’écran. Le bonhomme n’était pas réalisateur jusqu’ici, mais un spécialiste des effets spéciaux. Il signe un premier film qui se veut visuellement spectaculaire mais qui se révèle surtout assez laid, surchargé d’effets numériques (avec des monstres façon "Seigneurs des anneaux") et de tics 3D (Stromberg a décroché deux Oscars pour son travail sur "Avatar" et "Alice au Pays des merveilles"). Le problème, c’est qu’il n’y a pas de souffle épique dans "Maleficent". Claustrophobe, le film est enfermé dans son esthétique sombre, irréelle. A tel point qu’on se demande pourquoi diable opter pour le "live" si c’est pour proposer, au final, un quasi-film d’animation. A ce titre, le casting d’Angelina Jolie est excellent. Sans aucune ride (merci Photoshop), juste maquillé, son visage anguleux est la copie conforme de celui de la méchante reine imaginée par le vieux Walt en 1959.

H.H.

Réalisation : Robert Stromberg. Scénario : Linda Woolverton. Avec : Angelina Jolie, Elle Fanning, Sharlto Copley, Juno Temple, Imelda Staunton, Sam Riley… 1h37.