Puits perdu

Puits perdu
Denis Fernand

Quand un agent immobilier se retrouve au fond du trou.

Banquier mis à part, existe-t-il une profession qui suscite davantage la méfiance qu’un agent immobilier ? Et ce film ne fera rien pour retoucher leur image, bien au contraire.

Patron d’une agence immobilière, Joe vendrait une serre à un esquimau, une cave à un astronome, un appartement à Charleroi à un militant de la N-VA. Il faut l’entendre transformer le principal handicap d’une maison en plus-value. Et quand le petit couple saoulé par son bagout aura repris ses esprits, il sera trop tard, le compromis aura été signé.

Joe voit beaucoup plus grand que rouler les petits clients, il a un rêve à 18 trous, construire un golf. Toutefois, il y a un cauchemar au milieu de son projet, c’est Carabosse, une vieille folle qui vit dans une cabane et refuse de déloger. Depuis cinq ans, il a tout essayé, séduction, intimidation, mais ce week-end, il est bien décidé à siffler la fin de la récréation comme aiment dire les politiciens, autre profession…

Son idée, condamner l’arrivée d’eau de la vieille en sabotant son puits. Lampe, marteau, grosses bottines, Joe a revêtu sa tenue de combat et passe à l’attaque. Mais la corde de l’échelle est aussi usée qu’une grosse ficelle de scénario et le voilà coincé au fond du trou. Pas de réseau bien sûr. Personne au courant de ses projets - situation sentimentale compliquée. Juste Carabosse qui se marre dans sa barbe, elle le laisse d’ailleurs mariner deux jours avant de se pointer à la margelle.

Mais qu’est-ce lui arrive au cinéma belge ? Après "Dead Man Talking", c’est "Dead Man Diving". Après un personnage dans l’antichambre de la mort, en voici un autre coincé au fond du trou. L’un et l’autre essaient de s’en sortir avec des mots. C’est le même défi et les mêmes défauts. Ainsi le huis clos fonctionne relativement grâce à un Jonathan Zaccaï qui assume son statut d’agent immobilier, d’individu qui peine à susciter de l’empathie, pour le dire euphémiquement. C’est hors du trou que cela coince. Paradoxal. C’est que Carabosse a le profil assez flou, toquée ou pas toquée, femme ou travesti, dans tous les cas, Ben Riga n’est pas à l’aise avec son personnage.

Mais à l'agence immobilière, il n’y a plus de profil du tout, que des caricatures et des acteurs livrés à eux-mêmes. David Murgia s’en donne à cœur joie en Kevin mais son enthousiasme n’est pas communicatif. Beaucoup trop molle, la tension ne parvient pas à nourrir ce thriller psychologique. Il y a des scénaristes qu’on devrait jeter dans le puits, ça leur donnerait à réfléchir.

F.Ds

Réalisation : Sylvestre Sbille. Scénario : Sylvestre Sbille, Emmanuelle Pirotte, Jean-Baptiste Louis. Avec Jonathan Zaccaï, Ben Riga, Laurent Capelluto… 1h31