Les vengeurs de l’espace

Lorfèvre Alain

Quand le space opera rencontre l’univers des super-héros de la Marvel. Drôle et distrayant.

Il y a un peu moins de quarante ans, George Lucas dut abandonner son salaire de réalisateur pour convaincre la Fox de produire le premier épisode de "Star Wars". A côté d’un trio d’acteurs inconnus (Mark Hamill, Carrie Fisher) ou tricards (Harrison Ford, qui végétait depuis dix ans à Hollywood), il s’offrait pour toute caution artistique un seul comédien de prestige, Alec Guinness, dans le rôle d’Obi-Wan Kenobi.

Quintessence sur le papier du blockbuster moderne, "Les Gardiens de la galaxie" est une nouvelle extension de l’univers Marvel. Mais le dosage de second degré et d’ironie passe mieux la rampe que dans "Captain America 2" ou "The Amazing Spider-Man".

Kidnappé par des flibustiers de l’espace alors qu’il était jeune adolescent, Peter Quill (Chris Pratt) est devenu l’un d’eux. Mi-Indiana Jones, mi-Han Solo, il met la main sur un artefact précieux pour le compte d’un antiquaire, ce qui en fait la cible de Ronan, un Kree fanatique, allié au maléfique Thanos.

La traque qui s’ensuit conduit Peter en prison, où il s’allie avec Rocket Raccoon (un raton laveur chasseur de primes), Groot (un arbre humanoïde), Drax (un alien ayant un compte à régler avec Ronan) et Gamora, la tueuse extraterrestre lancée à ses trousses (Zoe Saldana, métamorphosée en vert)… Le sort de la galaxie tout entière va bientôt dépendre de cette alliance aussi improbable et hétéroclite que le casting qui la compose.

Car, en 2014, un projet aussi délirant que "Les Gardiens de la galaxie", soap opera pur jus phagocytant autant Flash Gordon que "La Guerre des étoiles", se finance sur un claquement de doigts (ou presque). La production se paie en outre le luxe de recruter des acteurs de la trempe de Glenn Close, George C. Reilly ou Benicio Del Toro pour des troisièmes rôles transparents tandis que des stars bankables comme Vin Diesel et Bradley Cooper se cachent respectivement derrière les créatures de synthèse Groot (qui répète deux heures durant une seule phrase) et Rocket Raccoon. Un peu comme si au temps du premier "Star Wars", en 1977, George Lucas avait proposé à Clint Eastwood d’endosser la fourrure de Chewbacca et à Robert Redford de doubler Yoda…

Mais le pire, c’est que ça marche ! Tout le savoir-faire de l’industrie des effets spéciaux est à l’œuvre, que ce soit pour la pyrotechnie, les cascades, les maquillages, la création d’univers extraterrestres ou un bestiaire cartoonesque. La dynamique conflictuelle du groupe des Gardiens donne lieu à des scènes franchement poilantes, qui prennent même parfois à contre-pied le canon du film d’action : il faut voir comment Peter finit par l’emporter sur Ronan…

Le réalisateur James Gunn, geek assumé (issu de l’écurie trash de Troma et qui avait signé "Super", parodie de la culture super-héros), livre au final un space opera qui ne floue personne : il en met plein la vue, sans être dupe du caractère énaurme de son précepte dont il rit avec sincérité.

Les fans hardcore noteront que Marvel et Disney continuent de tirer des traits d’union entre leurs différentes franchises : les pierres de l’infini, au cœur de l’intrigue, représentent dans les comics de la Marvel une sorte de Graal maléfique, détonateur de plusieurs sagas graphiques. Il y était fait allusion dans l’adaptation "Thor 2". Et l’on retrouve ici Thanos, aperçu dans le générique de fin de "Avengers". The sky étant the limit à Hollywood, tout converge donc vers une rencontre entre ces derniers et les Gardiens de la Galaxie… Les amateurs n’ont plus qu’à espérer qu’elle sera traitée avec autant de bonheur.A.Lo.

Réalisation : James Gunn. Avec Chris Pratt, Zoe Saldana, Bradley Cooper,… 2h01