"Cerebrum", au-delà du réel

Baudet Marie

Sciences/performance Yvain Juillard fait du cerveau le sujet d’une conférence-spectacle.Critique Marie Baudet Biophysique, biologie intégrative, plasticité cérébrale : ces matières, Yvain Juillard les a étudiées avec passion et patience, sondées avec obstination. Puis laisse parler son goût du théâtre pour se former à l’Insas. Sciences et scènes cohabitent en lui comme un défi : le partage en ligne de mire. Le réel et la construction de la fiction en point d’interrogation.

Un projet mûrit depuis une dizaine d’années, et prend forme peu à peu, avec le soutien entre autres des Halles, du Varia, de la Fabrique de Théâtre, de L’L, du Corridor, de la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, ou encore de Mons 2015. La SACD lui octroie une bourse d’écriture pour la dernière ligne droite. Et sa conférence-spectacle - un genre dans l’air du temps - voit le jour le 14 janvier à la Balsamine.

Décloisonner

Au croisement des neurosciences, du théâtre et de la performance, "Cerebrum, le faiseur de réalités" fait salle comble. Avec le regard extérieur de Lorent Wanson (avec qui il est associé par ailleurs dans le projet "Une aube boraine") et de Jo Lacrosse (spécialiste des arts vivants et du phénomène de stress), le conseil dramaturgique de Dominique Roodthooft (maîtresse dans l’art de la conférence performative, avec son cycle "Smatch") et le conseil scientifique de Céline Cappe (chercheure au CNRS), Yvain Juillard a construit un objet scénique au fil duquel il entraîne le public dans les circonvolutions de cet organe intime et mystérieux, bien que de mieux en mieux connu et modélisé : le cerveau, qui contient "les récepteurs de nos angoisses et les circuits de nos espoirs".

Exemples, expériences, exercices

Ponctué d’exemples, d’expériences ludiques voire d’exercices - objets, dessins, vidéos à l’appui -, "Cerebrum" pose avant tout que nous vivons dans une illusion, distinguant la réalité phénoménale (créée par notre cerveau à partir de nos perceptions) du noumène (la chose, la matière en soi, selon la définition de Kant). Met sur la sellette notre instinct et notre libre arbitre, fouille notre mémoire et nos conditionnements, nos limites, notre lucidité, nos cent milliards de neurones, notre point de vue "en permanence unique", voire les 15 000 stimulations publicitaires qui nous matraquent chaque jour.

Des questions que soulèvent les techniques du neuromarketing aux vertiges philosophiques, "Cerebrum, le faiseur de réalités" trace son chemin, parfois hésitant, souvent palpitant.

Bruxelles, Balsamine (studio), encore le 24 janvier (complet). Supplémentaires les mardi 27 et vendredi 30 janvier à 20h30. Durée : 1h30. De 6 à 15 €. Infos & rés.: 02.735.64.68, www.balsamine.be