Les trois manches d’un célèbre habit

Vaute Paul
Les trois manches d’un célèbre habit

Histoire de chez nous De la sauce avait été renversée sur le bras de Bonaparte.Chronique Lily Portugaels

L’affiche de l’exposition qui se tient jusqu’en octobre à l’Archéoforum de Liège (cf. LLB-Gazette de Liége du 30 avril 2015) reproduit le tableau peint par Ingres en 1804. On y voit Bonaparte dans un costume en velours nacarat, posant la main droite sur un acte intitulé "Faubourg d’Amercoeur rebâti", la main gauche engagée dans l’entrebâillement de l’habit. Par la fenêtre on distingue la cathédrale Saint-Lambert qui, à l’époque, est déjà détruite. Destruction que Napoléon qualifia de "démolition stupide".

Ce tableau a été offert à la ville de Liège, par Bonaparte, en souvenir de sa visite en 1803. L’affiche de l’exposition sur le thème "Liège au temps de la France, 1795-1814", m’a rappelé une anecdote à propos de ce costume, publiée dans le bulletin de la Société belge d’études napoléonienne, n°90, d’avril 1975.

La maladresse d’un domestique

En 1939, à Liège, dans une exposition "La Légende napoléonienne au pays de Liège", on pouvait voir, dans une vitrine proche du tableau d’Ingres, la manche gauche de l’habit de velours rouge. Cette manche portait la trace de plusieurs taches et au poignet, on distinguait les traces laissées par un liseré disparu. Cette manche avait été tachée par la maladresse d’un domestique servant la sauce au cours d’un dîner.

Le propriétaire de cette manche tachée était maître Robert Milliat de Tours qui fut conservateur régional des Monuments historiques de France. Il eut l’occasion d’entrer en contact avec l’arrière-petite-fille d’un tailleur de Bonaparte et dans un registre sur lequel le tailleur notait ses travaux, il put trouver, pour l’an 8 de la République (1799), la trace des fournitures et de la main-d’œuvre pour la façon d’une nouvelle manche à remettre à l’habit. Par mesure d’économie, Bonaparte avait exigé que le galon d’or qui se trouvait sur le poignet de l’ancienne manche soit décousu pour le replacer sur la nouvelle.

Quatre propriétaires

La manche tachée, restée longtemps dans la famille du tailleur, avait été vendue en 1910, par nécessité financière à un collectionneur très connu, M. E. Brouwet qui s’en sépara dans les années 1924-1925, à Nice, au profit de l’auteur dramatique Léopold Marchand, à qui maître Milliat acheta la fameuse manche qui, semble-t-il, se trouve toujours dans sa famille. Léopold Marchand avait écrit en collaboration avec Jean Sarment, en marge de l’exposition de Liège, en1939, une pièce de circonstance dans laquelle il avait imaginé que l’épisode de la sauce renversée sur la manche s’était passé chez Barras.

Cette anecdote n’est sans doute pas primordiale pour la grande histoire mais lorsqu’on la connaît, on ne regarde plus tout à fait de la même manière le célèbre tableau d’Ingres.