Le mandat d’Isabelle Kocher à la tête d’Engie remis en jeu

NEWS : Signature du Pacte de performance par ENGIE - 15/04/2019
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Le conseil d’administration du groupe énergétique français tranchera ce jeudi le cas Kocher. Vers la sortie ?Benjamin Masse Correspondant à Paris

C’est ce jeudi que devrait se jouer le sort de la directrice générale d’Engie, Isabelle Kocher. Le conseil d’administration supposé décider de sa succession, initialement fixé au 26 février, a été avancé pour trancher plus rapidement du destin de la seule dirigeante femme du Cac 40.

Mobilisation des réseaux

Aux yeux de plusieurs administrateurs du conseil - et notamment de son président, Jean-Pierre Clamadieu - les résultats d’Isabelle Kocher, qui fixe le cap de l’entreprise depuis mai 2016, ne sont pas à la hauteur de la situation. Ils contestent sa stratégie, visant à privilégier les services énergétiques et l’électricité d’origine renouvelable (et nucléaire en Belgique) à la traditionnelle activité gazière du groupe. Par ailleurs, la volonté de la dirigeante de lancer une OPA sur le groupe Suez - dont Engie est déjà actionnaire minoritaire - a également suscité une levée de bouclier de la part du conseil. Plus globalement, le microcosme parisien de la politique et des affaires semble avoir tranché en défaveur d’Isabelle Kocher.

Sentant le vent du boulet, celle qui fut longtemps la dauphine de Gérard Mestrallet a mobilisé tous ses réseaux pour tenter d’arracher un nouveau mandat de quatre ans à la tête de l’entreprise. Elle a notamment embauché deux grands cabinets de communication de la place de Paris pour défendre sa cause. Elle multiplie également les interviews pour défendre sa stratégie et son bilan. Dans le dernier numéro du Journal du Dimanche, elle se dit "très motivée", et "ne se place pas" dans l’hypothèse d’une non-reconduction de son mandat. Dans une tribune publiée dans Les Échos, des personnalités de tous bords ont défendu son action et plaidé pour son renouvellement. Parmi elles, on compte notamment Anne Hidalgo, la maire de Paris, Yannick Jadot, le patron des Verts, mais aussi le président de la région des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, ou encore le mathématicien et candidat à la mairie de Paris, Cédric Villani.

Politique "tout climat"

Pour tenter d’amadouer le conseil d’administration, Isabelle Kocher, 53 ans, lui a aussi envoyé une missive, plaidant pour une nouvelle organisation donnant plus de pouvoir à son président. "Le rôle du président d’Engie doit être central dans cette nouvelle phase de développement, et la directrice générale que je suis le comprend, le souhaite et le juge parfaitement pertinent", écrit-elle. Dans cette même missive, elle évoque une modification des statuts du groupe, permettant notamment aux administrateurs de se voir soumettre toute modification du règlement intérieur. Enfin, Isabelle Kocher fait campagne auprès de l’État actionnaire (qui détient 23,6 % d’Engie) pour obtenir son soutien. Elle plaide notamment régulièrement dans les médias que sa politique "tout climat" est alignée sur les objectifs du gouvernement en matière d’environnement.

L’option Clamadieu ?

Pas sûr cependant que l’exécutif soit sensible à ces arguments. Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, a ainsi déclaré que l’État "exercera toute sa responsabilité", et jugera "uniquement et exclusivement sur des critères économiques objectifs". "Notre responsabilité, c’est quoi ? a-t-il ajouté. C’est de garantir d’abord qu’Engie ait une stratégie industrielle cohérente, c’est de garantir l’emploi, c’est de garantir les résultats économiques et la création de valeur, et c’est de garantir qu’Engie réussisse dans cette transition énergétique qui est un défi pour toutes les entreprises énergétiques en Europe et ailleurs."

Aux yeux de beaucoup, l’État privilégierait une autre option : celle de soutenir Jean-Pierre Clamadieu lui-même pour le poste de directeur général. Verdict très probable ce jeudi.