Chimay, la première principauté belge

Série d’été Chimay abrite la plus ancienne famille princière de Belgique. Le château reste bien vivant : visites, événements, etc.

Thys François

Logé en plein cœur de la Botte du Hainaut, le château de Chimay fait partie de ces riches monuments de notre pays à avoir traversé les âges et les guerres pour nous parvenir. Et il ne manque pas d’histoires à raconter…

Les premières mentions d’un château à Chimay remontent à 1119. "En 2004, des fouilles archéologiques ont révélé l’existence, au sein du château, d’une église de huit mètres sur vingt érigée aux alentours de 887", précise toutefois Élise Urbain, coordinatrice à l’ASBL Château de Chimay. Il était au départ la propriété d’une seigneurie qui, au fil des conflits et des alliances, se retrouve sur le territoire des ducs de Bourgogne.

Après le mariage de Marie de Bourgogne avec Maximilien d’Autriche menant à la création du Saint Empire romain germanique, Chimay prête allégeance à son premier Empereur. Chimay, alors dirigé par la famille Croÿ, se distingue par sa fidélité au point d’être brièvement promu au rang de Comté et, en 1486, de Principauté.

Les princes de Chimay, moteur pour la région

À la suite de Charles Ier de Croÿ, ce sont 22 Princes qui se sont succédé sur les hauteurs de Chimay. Dans sa riche histoire, Chimay va voir passer de grands noms dans ses murs comme Charles Quint, nouer des liens très forts avec Versailles (la reine Marie-Antoinette et la princesse de Chimay furent de proches amies) et jouer un rôle crucial dans le développement de la région.

Depuis plusieurs générations, les princes et princesses de Chimay jouent en effet la carte de la proximité et de l’ouverture. "Ils vivent encore dans le château à l’heure actuelle, mais se privent de toute une partie de la propriété pour permettre aux touristes de venir le visiter. Il n’est d’ailleurs pas rare de les croiser, explique Anne Deroover, responsable au château de Chimay. Les gens sont souvent surpris par leur simplicité et la facilité avec laquelle on peut les aborder."

Plusieurs fois incendié au fil des siècles, le château a connu son dernier grand incendie en 1935. "À l’époque, la princesse Élisabeth et le prince Élie de Riquet ont entamé une vaste campagne de rénovation des lieux", raconte Anne Deroover. Une volonté qui a perduré avec l’arrivée en 2012 de Françoise Peter (héritière AB InBev), épouse du prince Philippe de Riquet. "Il fallait faire un choix entre rénover ou restaurer. Et même si cela a pris plus de temps, beaucoup plus de moyens, c’est la deuxième option qui a été privilégiée. Tout a été fait sur fonds propres et pris en charge par le Prince et la Princesse. Ils accordent beaucoup d’importance au patrimoine et à l’aspect artistique du lieu."

Le théâtre, le joyau de la couronne

C’est aussi au prince Joseph Ier de Riquet, dit le Grand Prince, que Chimay doit sa renommée mondiale pour la bière brassée encore aujourd’hui à l’abbaye de Scourmont. Il fit en effet don d’une parcelle de 48 ha afin de fonder le monastère. Il fut aussi à l’origine de l’arrivée du chemin de fer jusqu’à Chimay, et son épouse, Émilie Pellapra, est celle à qui l’on doit l’impressionnant théâtre de Chimay.

Car, outre les visites (qui se sont poursuivies ces derniers jours, le site, haut perché, étant resté à l’abri des inondations), le château accueille régulièrement des événements culturels, folkloriques ou musicaux. Le cadre s’y prête tout naturellement, puisque le château dispose de son propre théâtre. Construit en 1863 par l’architecte Cambon, il a emprunté certaines pièces à l’ancien théâtre de Fontainebleau bâti pour Louis XV.

"Il accueille régulièrement des concerts classiques mais aussi des pièces de théâtre. La saison culturelle et musicale va d’ailleurs reprendre dès septembre avec Hippolyte Wouters, indique Élise Urbain. BJ Scott sera également de la partie pour un événement organisé en août. Parfois, ce sont des conférences qui sont organisées ici : le programme est vraiment très varié."

Cette activité permanente permet à ce château millénaire de rester bien vivant. Un dynamisme porté par de fréquentes restaurations (la toiture vient d’être fraîchement remise à neuf) mais aussi de nombreux investissements. "Nous avons réalisé un tout nouveau film pour faire connaître le château de Chimay et son histoire, présenté par Stéphane Bern (lire ci-contre). Depuis cet été, nous proposons également un mini-golf dans la cour du château, sans oublier un e scape game déjà en service, et un deuxième en préparation", ajoute Élise Urbain. Une visite à coupler avec celle de la collégiale et de la brasserie de Scourmont, un bon moyen de nouer la riche histoire de Chimay à ses célèbres produits locaux…

François Thys