Gil Simon (Resa) : "La catastrophe aurait pu être plus importante"

C’est un chantier "titanesque" qui attend Resa, le gestionnaire de réseau de distribution d’énergie (GRD) le plus touché par la catastrophe que l’on connaît. Mardi après-midi, ses dirigeants ont réuni la presse pour faire le point "en toute transparence" sur l’immensité des dégâts occasionnés.

Au niveau du réseau de gaz, les réparations seront très compliquées et prendront énormément de temps. Selon les premières estimations, il y aurait 45 km de conduites à remplacer. Et à certains endroits où le réseau n’est pas endommagé, l’eau est remontée dans les tuyaux par les compteurs des habitations inondées. Il faut donc purger ces conduites avant de les réalimenter en gaz.

Travaux à coordonner

À ce jour, environ 13 000 foyers sont privés d’accès au gaz. Les endroits les plus touchés sont Angleur-Chênée, Liège, Esneux, Chaudfontaine, Trooz, Pepinster… Resa devra vérifier chaque compteur de gaz touché par les inondations. Et selon les premières estimations, 4 000 compteurs devront être remplacés.

Les travaux de remplacement ou de restauration du réseau gazier s’annoncent très compliqués à coordonner. Ils devront être réalisés en parallèle à la reconstruction des infrastructures communales. Pour éviter de multiplier les travaux, Resa devra se coordonner avec les gestionnaires des infrastructures télécoms, de distribution d’eau…

Retour à la normale dans plusieurs mois

Le GRD liégeois espère rétablir l’accès au gaz dans toutes les habitations au cours du… prochain hiver. "Pour respecter ce délai, il faudra que la coordination soit bonne, prévient Gil Simon, directeur général de Resa. Nous souhaiterions qu’une cellule chargée de coordonner les choses soit mise en place." Précisons qu’Embourg, qui n’a pas été sinistrée, devrait récupérer le gaz d’ici "quelques semaines".

Sur le réseau électrique, qui est davantage maillé que le réseau de gaz, il est plus facile de mettre en place des solutions temporaires, comme des groupes électrogènes. "Mais le rétablissement du réseau moyenne tension ne signifie pas que l’électricité arrive jusqu’aux habitations, explique Gil Simon. Notre objectif est de rétablir la fourniture d’électricité dans toutes les habitations d’ici la fin août." À ce jour, 10 000 foyers desservis par Resa sont encore privés d’électricité. Il y aurait 50 km de réseau électrique à reconstruire, et 7 500 compteurs à remplacer. Comme pour le gaz, tous les compteurs électriques inondés doivent être vérifiés.

Un coût de 65 millions d’euros

Selon les premiers chiffres de Resa, les travaux de réparation du réseau devraient coûter 20 millions d’euros pour l’électricité, et 45 millions pour le gaz. Ces coûts représentent quasi l’équivalent d’une année d’investissement dans l’ensemble des réseaux du GRD liégeois. Dans le fonctionnement actuel, ces surcoûts devraient être répercutés dans la facture d’énergie des consommateurs desservis par Resa. "Mais nous ne voulons pas que des personnes déjà touchées par la crise doivent payer plus cher leur facture d’énergie", explique Isabelle Simonis, présidente de Resa. Le GRD espère donc que la facture pourra être payée par les fonds européens d’aide qui seront débloqués.

Par ailleurs, Gil Simon s’est réjoui de la solidarité qui s’est mise en place à la suite de cette catastrophe. Son concurrent Ores lui a proposé de l’aide, tout comme le Bruxellois Sibelga. "Dès ce jeudi, le GRD flamand Fluvius va envoyer une équipe de 48 personnes avec camions, camionnettes et compteurs pour nous aider", a-t-il ajouté. Dans un premier temps, il s’agit d’un geste totalement gratuit. "Si les équipes de Fluvius devaient rester longtemps, nous aurons cette discussion financière, mais ce n’est pas le cas pour le moment", a précisé Gil Simon.

Postes à haute tension, à haut risque

Par ailleurs, le patron de Resa a cru, un moment, que la catastrophe aurait pu être plus importante. "On n’est pas passé loin d’une catastrophe encore plus importante, a confié Gil Simon. En cas de débordement plus important de la Meuse, plusieurs postes haute tension d’Elia auraient pu être touchés. Dans ce cas-là, c’est le black-out sur toute la province de Liège avec des conséquences en cascade."

"Sans approvisionnement électrique, les stations de pompage n’auraient pas fonctionné, précise Christian De Laet, directeur technique de Resa. Or, à Liège, plusieurs endroits ont été construits sous le niveau de la Meuse. Ces pompes, qui servent toute l’année pour éviter les inondations, auraient été inutilisables."

Du côté d’Elia, on confirme qu’il y a eu un moment de stress durant plusieurs heures. Mais, jeudi soir vers 21 heures, Elia a pu prévenir Resa que les postes haute tension n’étaient pas en danger. Et qu’il n’y aurait donc pas de "black-out" dans la province de Liège.Laurent Lambrecht