Le brevet italien de la bio-restauration

Nous ne pouvons pas breveter les bactéries car ce sont des êtres vivants, mais nous avons breveté la méthode de l’utilisation de ces micro-organismes, explique Chiara Alisi du laboratoire de recherches de l’Enea. Le brevet date de 2013 lorsque nous avons testé la méthode de bio-restauration à la Casina Farnese sur le Palatin ici à Rome."

Utiliser la microbiologie au service de l’art et du secteur des biens culturels fut une intuition de la chercheuse Anna Rosa Sprocati. Avant 2013, cette biologiste avait déjà testé l’efficacité des bactéries non pathogènes et qui ne laissent pas de spores, pour enlever de la résine sur des peintures murales ou des restes de colles animales sur des vieux papiers. En 2013, le chantier de la Casina Farnese lui donne l’occasion de tester son procédé sur des fresques datant de l’époque romaine.

"Les résultats obtenus sur les fresques murales de la Casina Farnese démontrent qu’il est possible de nettoyer sélectivement différents niveaux de résidus, en appliquant les micro-organismes selon les spécificités métaboliques demandées, explique Anna Rosa Sprocati. Ainsi à la Casina Farnese, nous avons nettoyé différentes couches de peintures qui provenaient de travaux de conservation précédents, et la procédure exclut l’utilisation de produits toxiques qui peuvent endommager l’œuvre d’art, mais qui peuvent aussi être nocives pour le restaurateur ou l’environnement."

Des souches bactériologiques très particulières

Pour faciliter l’application des bactéries, les chercheuses les insèrent dans un gel humide, ce qui limite parfois l’utilisation si le support ne supporte pas bien l’humidité, mais l’insertion d’un papier japonais permet de limiter les problèmes, même sur des supports comme du bois ou du papier.

"Ce brevet et les activités que nous avons réalisées sont toutes des étapes d’un parcours scientifique qui prouve que les connaissances qui dérivent de la recherche peuvent intéresser différents secteurs d’application, poursuit celle qui, en premier, a cherché des applications dans le secteur des micro-organismes pour les mettre au service de l’art. Les souches bactériologiques utilisées dans ces travaux proviennent de mines en Italie ou en Pologne, mais aussi de tombes étrusques. Nous allons les chercher nous-mêmes. Au départ nous les avions sélectionnées parce que leur métabolisme les rendait adaptées pour nettoyer des environnements très pollués comme des anciennes mines, et lorsque des historiens de l’art nous ont demandé des solutions spécifiques pour résoudre des problèmes de restauration de biens culturels, l’idée est née de puiser dans notre banque de bactéries." V.Du.