Sofie Gierts, une athlète qui a toujours été en avance sur son temps

Hockey Témoin de l’âge d’or d’Uccle Sport, elle rend à son tour service à son club.

Sofie Gierts, une athlète qui a toujours été en avance sur son temps
©Philippe Demaret

Uccle Sport n’a pas encore repris totalement le rang qui était le sien dans les années 1970 et 1980. Il y a un demi-siècle, les Ucclois empilaient les buts, les victoires et les titres au point d’avoir remporté onze lauriers en treize ans (entre 1975 et 1987).

Jeune témoin de cet âge d'or, Sofie Gierts, 43 ans, s'est nourrie de cette culture de l'excellence. L'actuelle coach des Merles a touché ses premières balles dans le fief de son papa Francis, à Uccle Sport. Alors que sa maman évoluait à l'Antwerp, la grande famille Gierts a jeté son dévolu sur le matricule ucclois. "Moi, j'appartenais à la troisième génération de hockeyeurs", se souvient Sofie Gierts.

Au début des années 1980, elle a démarré un écolage qui ne pouvait pas être plus parfait. Jusqu'à 18 ans, elle a joué dans des équipes mixtes avec les Zembsch, Moreau, Vanden Balck, Geens… "J'avais la chance d'appartenir à un club qui avait les plus grands joueurs dans ses rangs. Ma formation a été exceptionnelle. Ils m'inspiraient."

Mais Sofie Gierts était en avance sur son temps. Un peu trop. Ou alors, la Belgique n’était pas encore prête à considérer le sport féminin à sa juste mesure. L’ancienne joueuse de l’Antwerp s’en est allée durant un an en Allemagne avant de vivre cinq saisons aux Pays-Bas. Avec l’équipe nationale, la route n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Elle s’est heurtée à un choc des cultures. Elle visait l’excellence, la rigueur et un travail pro. La Fédération n’avait pas encore franchi le cap.

Un petit bout d’histoire à Kontich

Sofie Gierts était née 10 ans trop tôt. "Non, je ne dirais pas que j'aurais aimé avoir 20 ans en 2022. J'aurais plutôt préféré que la fédération se développe plus tôt. Mon parcours a été difficile car je voulais toujours viser plus loin et plus haut. Mais, à l'époque, personne ne suivait. Les filles d'aujourd'hui reçoivent une belle opportunité. Moi, j'ai dû partir à l'étranger pour vivre le haut niveau."

Parmi ses souvenirs internationaux, elle n'oubliera jamais le tournoi qualificatif pour les JO de Londres en mars 2012 à Kontich. Elle avait marqué en finale contre l'Irlande (4-1). "Nous avons écrit ce jour-là un petit bout d'histoire. Je dis toujours qu'on monte sur les épaules de quelqu'un d'autre. D'autres joueuses avaient travaillé avant 2012. Quant à nous, nous avons aidé la génération d'après. Cette performance n'a jamais été reproduite, ce qui pose question. En 2012, nous nous qualifions pour les JO avec très peu de moyens. Aujourd'hui, l'équipe reçoit beaucoup plus de subsides et n'y parvient pas."

Femme de challenges, la coach d’Uccle Sport n’a jamais eu peur de l’inconnu. Elle transforme chaque difficulté en occasion de se surpasser. Gierts recherche tout le temps à aller plus loin. Seul le prochain défi l’excite.

Uccle Sport a déjà gagné le respect

À Uccle Sport, elle est dans son élément. Il y a près d’un an et demi, elle a reçu un coup de téléphone du président Luc Deprez qui la voulait pour ramener les Merles en Division d’Honneur. Le noyau ne manquait pas de talent, mais il se cherchait un guide. Sofie Gierts, engagée avec les filles U18 en BeGold, avait un peu de temps et une expérience de coaching avec les dames de l’Antwerp. L’accord était vite trouvé.

Uccle Sport végétait depuis une décennie en Division 1. En une saison, elle a hissé le matricule historique d’Uccle à la deuxième place, synonyme d’aller pour la Division d’Honneur. Un aller sans retour.

Après neuf journées de championnat, Uccle Sport a gagné le respect de ses adversaires. Il s’est même glissé en dehors de la zone rouge. Néanmoins, le maintien est encore loin d’être acquis.

"Moi, je suis convaincue à 100 % que nous nous maintiendrons. Nous grandissons chaque semaine. Nous sommes lancés dans un mini-championnat avec Louvain, le Daring et l’Old Club. Bosser avec mon groupe est super excitant car mes joueurs possèdent de grandes qualités. En plus, ils sont prêts à se battre et ont de belles valeurs. Malgré certaines défaites, ils restent positifs."

Cette saison, Uccle Sport a raté le coche en perdant à Louvain et contre le Daring. "Je n'ai jamais dit que le maintien serait facile. Le fossé entre la D1 et la DH est énorme. Je possède peu de joueurs qui ont l'expérience de la DH. Mes talents avancent vite. Les deux matchs sont arrivés un peu trop tôt dans la saison. Nous avons payé cash notre faible nombre d'heures de vol en DH. Avec Robin (Geens), nous travaillons pour que chaque joueur soit créatif sur le terrain en axant le travail sur le long terme."

Le duo Gierts-Geens est le plus beau cadeau que les Merles pouvaient recevoir. "Avec Robin, on s'entend super bien. Il peut prendre de la place. Moi, je gère toujours mes équipes en utilisant les compétences des autres. On se complète bien."

D’autres rôles

Son travail ucclois est encore loin d’être fini, mais Sofie Gierts pourrait aussi aider le hockey dans d’autres rôles. Sportive professionnelle, elle est une femme de caractère qui a des idées et de la passion à transmettre. De son poste, elle a vu le stick se développer à grande vitesse. Peut-être trop vite.

"Il reste beaucoup de pans à développer comme la simplification du sport-études, la gestion du coaching, le développement mental sans oublier la nécessité de donner une place à chaque membre de tous les clubs."

Samedi, Uccle Sport défie son voisin du Racing avant d’enchaîner avec le Braxgata et le Dragons. En regardant le calendrier, on se dit qu’Uccle Sport pourrait jouer son maintien lors de la dernière journée, le 7 mai, où il sera opposé au Daring. Une belle finale potentielle.Thibaut Vinel