Les rebelles du M23 poursuivent leur avancée vers le Sud dans l’est du Congo

En réaction, Kinshasa a expulsé l’ambassadeur du Rwanda.

Des manifestants congolais ont brûlé un drapeau rwandais à un poste frontière, à Goma.
Des manifestants congolais ont brûlé un drapeau rwandais à un poste frontière, à Goma. ©AP

Les rebelles du M23 poursuivent leur progression et contrôlent depuis ce samedi 29 octobre le centre de Rutshuru et la localité de Kiwanja, coupant ainsi l’axe routier Nationale 2 qui dessert Goma, le chef-lieu de la province. Depuis le 20 octobre, les combats ont repris avec intensité, après quelques semaines d’accalmie, dans l’est de la République démocratique du Congo où ces rebelles occupaient déjà, depuis le 12 juin, la ville de Bunagana, sur la frontière ougandaise.

Des éléments rebelles ont aussi été signalés à environ 30 km de la ville, à Rugari, où une source sécuritaire faisait état de combats dimanche. Des affrontements sont également signalés au niveau de Rumangabo, environ à mi-chemin entre Rutshuru-centre et Rugari, où se trouvent une base de l’armée congolaise (FARDC) et le quartier général du parc national des Virunga, célèbre pour ses gorilles de montagne.

"Terroriste"

Le M23, une rébellion qui avait été défaite en 2013, est réapparu il y a un peu moins d’un an. Les responsables de ce mouvement (des Congolais issus de la minorité tutsie du pays) reprochaient alors à Kinshasa de ne pas avoir tenu ses engagements et, notamment, de ne pas les avoir intégrés dans l’armée comme le prévoyaient les accords de paix de Nairobi de 2013.

Les rebelles du M23 poursuivent leur avancée vers le sud.
Les rebelles du M23 poursuivent leur avancée vers le sud. ©IPM

Pour le pouvoir en place à Kinshasa, il est impossible de se mettre à table avec ce mouvement rebelle qu’il qualifie de "terroriste" et qui n’avait pas été invité à participer au dialogue mis en place avec divers groupes rebelles à Nairobi.

Face à la reprise des affrontements, en dix jours, selon diverses estimations, ce sont plus d’un million de civils qui ont été contraints de reprendre le chemin d’un exil forcé.

La Monusco au côté des FARDC

Dans une série de tweets, la Monusco (mission de maintien de la paix des Nations unies en RDC) dit "condamner fermement les actions hostiles du M23 et leurs répercussions graves sur les populations civiles".

La mission onusienne a annoncé être "mobilisée en soutien" aux forces armées du pays. Elle a encore précisé avoir "élevé le niveau d'alerte de ses troupes, déployées pour soutenir l'armée congolaise dans ses opérations contre le M23 et fournir un appui aérien, du renseignement et de l'équipement", avant d'ajouter qu'elle "apporte aussi une assistance médicale aux soldats blessés et effectue des vols de surveillance et de reconnaissance au profit des FARDC" et qu'elle a mis en place un "Centre de coordination des opérations (CCO)" avec les FARDC.

Samedi soir, le président congolais Félix Tshisekedi a dirigé à Kinshasa "une réunion élargie du Conseil supérieur de défense", pour évaluer la situation après "une série d'attaques" menées par le M23 "appuyé par l'armée rwandaise", selon le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya.

Expulsion de l’ambassadeur rwandais

Celui qui est aussi ministre de la Communication a expliqué : "Il a été observé ces derniers jours une arrivée massive des éléments de l'armée rwandaise" pour appuyer le M23 "en vue d'une offensive générale contre les positions des forces armées" congolaises. Par conséquent, a-t-il ajouté, "le Conseil supérieur de défense demande au gouvernement d'expulser dans les 48 heures suivant sa notification M. Vincent Karega", ambassadeur du Rwanda en RDC, du fait notamment "de la persistance de son pays à agresser la RDC".

Par ailleurs, ce Conseil supérieur de la défense a aussi décidé d’envoyer, en toute urgence, une mission humanitaire pour porter une assistance aux populations déplacées à la suite de ces attaques, de prendre des nouvelles mesures supplémentaires de restriction d’accès au territoire congolais à l’encontre du Rwanda et d’accroître la force de frappe des Forces armées et de sécurité.

Quelques heures plus tard, Kigali a réagi en prenant note "avec regret" de cette décision d'expulser son ambassadeur à Kinshasa. Le communiqué ajoutait : "Il est regrettable que le gouvernement de RDC continue de faire porter au Rwanda la responsabilité de ses propres échecs de gouvernance et de sécurité", avant d'annoncer que les forces de sécurité rwandaises à la frontière avec la RDC avaient été placées en état d'alerte.

Manifestation anti-Rwandais

À Goma, des manifestants, surtout de très jeunes Congolais, ont décroché le drapeau du Rwanda qui flottait parmi d’autres devant l’entrée du bureau régional de la Banque de Développement des États des Grands Lacs. Ils sont ensuite allés le brûler à un poste frontière tout proche.

"On ne veut pas voir de Rwandais chez nous", criaient des manifestants. "Nous leur donnons 24 heures, si on les voit demain, c'est fini", affirmait l'un d'eux. Face à lui, un jeune brandissait une longue machette en direction du Rwanda. D'autres affirmaient leur soutien à l'armée congolaise et demandaient qu'on leur donne "des armes pour combattre le Rwanda".

Dans le même temps, le nouveau commandant de la région militaire, le général major Bruno Mpeza, est arrivé à Goma. "Le défi va être relevé", a-t-il assuré aux journalistes à sa descente d'avion, en appelant la population au calme. "La force sera toujours à l'État […] Tout ce qui appartient au Congo sera récupéré", a-t-il déclaré.

Un volontarisme qui résiste mal à la réalité du terrain où de nombreux militaires congolais, aussi déterminés soient-ils, sont incapables de faire face à des troupes bien organisées et surtout bien équipées. "Nos hommes manquent de tout. Ils ne reçoivent même pas de ration de nourriture quotidienne", explique un ex-militaire. Même les armes et les munitions manquent, les stocks sont inexistants. Ce qui est arrivé a souvent été vendu, parfois à nos adversaires, parce qu'ils ne sont pas payés. Vous ne pouvez pas gagner une guerre dans ces conditions", conclut-il.