"Les couleurs de l’incendie" : Clovis Cornillac adapte Lemaître dans un film riche qui manque un peu de corps

Le réalisateur mise plus sur les entrelacs de son intrigue que sur la force de ses personnages.

Karin Tshidimba
Madeleine Péricourt (Léa Drucker) veut se venger des hommes qui l'ont dépossédée de sa fortune familiale.
Madeleine Péricourt (Léa Drucker) veut se venger des hommes qui l'ont dépossédée de sa fortune familiale.

Double drame pour Madame Péricourt (Léa Drucker) : le jour du décès de son père, banquier estimé et reconnu, son fils se défenestre, accident qui le prive de l’usage de ses jambes. Peu de temps après, un mauvais placement provoque la ruine de l’héritière. Mésaventure dont deux de ses proches tirent un profit immédiat : le directeur de la banque, amoureux éconduit (Poelvoorde, trouble et convaincant) et son oncle Charles, homme d’affaires et député raté (Olivier Gourmet, parfaitement odieux). Ensemble, ils reprennent en partie le contrôle de sa fortune.

Déconsidérée et instrumentalisée par les hommes qui l’entourent, Madeleine va pourtant lentement se remettre sur pied et se venger des trois comploteurs qui ont provoqué sa perte, financière et personnelle : les deux premiers cités mais aussi l’ancien précepteur de son fils, Paul, qui rêve de devenir un journaliste de premier plan.

L’ombre de la guerre qui gronde…

À travers ce destin, Clovis Cornillac retrace l’histoire d’une renaissance et d’une émancipation féminine, mais aussi un roman social qui dépeint bien la lutte de la classe ouvrière pour s’octroyer une place dans cet univers de nantis qui la méprise ou l’oublie. Des propos illustrés à travers le parcours de personnages comme Léonce et Monsieur Dupré (Clovis Cornillac), l’ex-chauffeur de Madame Péricourt.

Cette histoire, librement adaptée du roman de Pierre Lemaître (2018) s'inscrit dans un contexte historique bien précis : la montée des extrémismes et des idées rances menant à "l'incendie qui, bientôt, ravagera l'Europe". À l'instar des égarements philosophiques et politiques de la cantatrice jouée par Fanny Ardant qui, par son attitude et son phrasé, fait penser à la célèbre Castafiore.

Baigné de nombreuses ombres et de lumières, ce contexte historique offre au récit une résonance bien au-delà de ses péripéties singulières, une atmosphère à laquelle se réfère ce titre symbolique tiré d'un vers du poète Louis Aragon. Un itinéraire qui fait aussi songer à celui de La Banquière, campée par Romy Schneider, dans le film de Francis Girod (1980).

Ce film riche, aux personnages attachants, manque parfois un peu de punch et de relief, en raison d’une suite d’intrigues déployées au détriment de la psychologie de certains personnages. Si bien que, paradoxalement, la succession de scènes et d’intervenants entraîne quelques longueurs.

Les Couleurs de l'incendie - Drame d'émancipation - De Clovis Cornillac - Scénario : Pierre Lemaître, d'après son roman - Avec Léa Drucker, Benoît Poelvoorde, Olivier Gourmet - Durée 2h16.

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étoiles Arts Libre cinéma ©LLB