"El Presidente": La Coupe du monde, c’était pas mieux avant

La saison 2 de la série satirique "El Presidente" tire à boulets rouges sur la FIFA et son ancien président brésilien de 1974 à 1998 : João Havelange.

"El Presidente": La Coupe du monde, c’était pas mieux avant

À dix jours du début de la Coupe du monde au Qatar, le timing est excellent. Prime Video vient, en effet, de mettre en ligne la saison 2 de la série El Presidente. Cette fiction plonge les "téléspectateurs" dans les milieux interlopes gravitant autour du football.

"Le pape du foot-business"

La saison 1 racontait les malversations de Sergio Jadue, ancien président de la Fédération chilienne de football, devenu, aujourd'hui, témoin protégé par le FBI. Dans le deuxième opus, Andrés Parra, l'acteur qui interprète son personnage nous prend par la main pour présenter d'autres sales histoires se tramant à la Fédération internationale de football association (FIFA). Un personnage central, "son mentor", est surtout mis en avant : feu João Havelange. Le président de l'institution de 1974 à 1998 est présenté comme le "pape du foot-business".

Le portrait du Brésilien (né de parents belges) esquissé par la série est sombre. Un euphémisme… Pour atteindre ses ambitions démesurées, Havelange aurait serré les mains des dictateurs brésiliens, se serait lié d’amitié avec l’un des parrains de la mafia, aurait mis des coups de couteau (symboliques) à ses concurrents (Helmut Käser), s’est servi de Pelé lors d’une tournée en Afrique, aurait glissé un homme dans le lit du président de la fédération espagnole, versé des pots-de-vin pour que les fédérations nationales vendent leurs droits à l’image…

Il aurait, surtout, soutenu la dictature argentine et militer pour la tenue du mondial 1978, malgré l'appel au boycott et les atrocités commises par le régime de Videla. Qu'on tape dans une balle peu importent les tortures à mort des opposants ou les enlèvements d'enfants. "La politique est une chose, le foot en est une autre", estime son personnage dans la série.

Cette fiction inspirée très librement de faits réels, co-produite par Pablo Larraín (réalisateur de No, Neruda, ou Jackie…) est l'œuvre d'Armando Bó, scénariste du film oscarisé Birdman. L'Argentin passe derrière la caméra pour signer une satire documentée, burlesque et bourrée d'idées de mises en scène. Notamment des reconstitutions d'archives, des arrêts sur image filmés comme un roman-photo, des plans-séquences décalés ou les monologues loufoques et surjoués du narrateur.

Des idées parfois lassantes

Sergio Jadue raconte cette "fable" en creusant la tombe d’un macchabée, en posant des questions gênantes micro en main, en imprimant des Unes de journaux en bleu de travail, ou en traversant l’allée d’une église vêtu d’une aube blanche. Il avoue même aux personnages qu’il tire les ficelles de l’histoire. Des procédés narratifs barrés qui peuvent se révéler lassants avec le temps.

Armando Bó a peut-être aussi pris de trop grandes libertés avec la réalité. Havelange collectionne toutes les tares et part totalement en vrille façon Loup de Wall Street (il se saoule, prend des drogues, tape sur les femmes…), si bien que son portrait verse dans le manichéisme jusqu'à en devenir peu crédible.

El Presidente Satire d'Armando Bó - Avec Andrés Parra, Albano Jerónimo, Maria Fernanda Cândido, Eduardo Moscovis… Sur Prime Video - Déjà dispo (8 x 55').

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étoiles Arts Libre cinéma ©LLB