"Lucie perd son cheval" : Portrait inventé d’une vraie actrice par Claude Schmitz

Entre nature et culture, doc et fiction, cinéma et théâtre, "Lucie perd son cheval", est une traversée en plein covid.

"Lucie perd son cheval" : Portrait inventé d’une vraie actrice par Claude Schmitz

Lié à la création de son spectacle Un royaume, au Théâtre de Liège, en pleine période covid, le film de Claude Schmitz propose une mise en perspective contemplative, presque une mise à l'arrêt. Un écho à ce suspens imposé transversalement, et traversé dans la douleur par le secteur culturel.

Mais Lucie perd son cheval ne se limite pas au prisme pandémique. On y chemine aux côtés de Lucie (Debay), actrice et mère. Des longs plans fixes et calmes sur un été à la campagne, des scènes ordinaires de vie familiale, avec fillette et grand-mère, siestes et baignades dans la rivière, on passe au devoir. À l'action ? Peut-être. Lucie endosse son armure, emporte son épée, enfourche son cheval - et part travailler comme on part au combat. Avec le même doute : pourquoi ?

"Faut pas perdre de fil", se répétera-t-elle comme un mantra. Elles aussi sans monture, deux autres femmes se joignent à elle. Peu à peu, il n'y a plus que le chemin ; le but du déplacement lui-même s'est évaporé. Le trio avance, sous le soleil de plomb, se repose dans la nuit venteuse, endure faim et soif.

Subrepticement, à l'orée du film, le titre avait laissé paraître ces seules lettres : PER C EVAL.

Subrepticement, en son milieu, il nous téléporte de l’air libre à la boîte noire. Trois comédiennes en atours de chevaleresses dorment profondément, tandis que le régisseur en chef initie un débutant aux rouages, machineries et subtilités de l’outil - le Théâtre de Liège, filmé ici sous des angles inédits.

La production du Roi Lear, suspendue, attend leur réveil, qui viendra, révélant lacunes, désirs et désillusions. "Il ne faut pas se raconter des histoires, non. Il faut choisir les histoires qu'on se raconte", décrète Pierre (Sartenaer), en directeur goguenard et désabusé de cet imposant paquebot.

Familier de la scène comme de la caméra, Claude Schmitz instille dans portrait inventé d’une vraie actrice la tangente résolue de son regard, enluminé d’artifices, rongé d’une pointe d’acide, et nimbé d’une étrange douceur qui nous poursuit.

Lucie perd son cheval - Comédie dramatique ? Médiévalerie contemporaine ? - Scénario et réalisation : Claude Schmitz - Avec Lucie Debay, Hélène Bressiant, Judith Williquet, Nao Wieliemans-Debay, Geneviève Debay, Ingrid Igelnick, Pierre Sartenaer, Francis Soetens, Tibo Vandenborre, Olivier Zanotti - Durée : 1h21.

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étoiles Arts Libre cinéma ©LLB