À Liège, Bisanti ouvre son mandat par une rareté

Le nouveau directeur musical de l’ORW aura la responsabilité de créer un Verdi jamais donné chez nous.

Nicolas Blanmont
À Liège, Bisanti ouvre son mandat par une rareté

Certes, ce ne sera pas sa première production à Liège : il y avait fait ses débuts en 2017 pour Rigoletto, avant de revenir deux ans plus tard pour Anna Bolena. Mais quand Giampaolo Bisanti entrera ce soir dans la fosse du Théâtre Royal, il aura sans nul doute un léger pincement au cœur : parce qu'il sera le premier à y diriger l'Alzira de Verdi, d'après Voltaire, mais aussi et surtout parce que ce sera son premier spectacle comme directeur musical de l'Opéra Royal de Wallonie.

De Bari à Liège

"Le directeur musical d'une maison d'opéra n'est pas celui qui dirige plus d'opéras que tous les autres chefs", rappelle cet Italien à la cinquantaine élégante qui a déjà exercé cette fonction au grand Teatro Petruzzelli de Bari. "Il participe au choix du répertoire et des chanteurs avec le directeur général, mais c'est surtout celui qui doit garantir la qualité de l'orchestre, qui le fait travailler dans cette perspective." Faire travailler l'orchestre, c'est bien sûr diriger des opéras (après Alzira, on le retrouvera en janvier pour La Sonnambula) et parfois des concerts (il était à la manœuvre pour le récital de Placido Domingo voici quelques jours). Mais dans la mesure où, rappelle-t-il, la division des compétences à Liège fait que le répertoire symphonique est réservé à l'OPRL tandis que le lyrique l'est à l'ORW, il est utile de faire travailler aussi l'orchestre en dehors de ses prestations publiques pour le faire progresser : "S'il est au même niveau que les orchestres italiens que je connais, c'est d'ailleurs quasiment un orchestre italien, il faut dire qu'il a joué beaucoup de répertoires italiens ces dernières années ! Mais nous voulons tous faire mieux, et j'ai donc commencé à faire avec eux des séances de travail, loin du public et de toute échéance. Nous travaillons par exemple sur Adriana Lecouvreur de Cilea, que nous monterons sans doute un jour, mais aussi sur des ouvertures de Wagner, actuellement celle de Rienzi et celle des Meistersinger von Nürnberg. Lors de ces séances, nous nous concentrons parfois sur le son, parfois sur l'ensemble, parfois simplement sur la qualité."

Concours de recrutement

Un autre des rôles essentiels d'un directeur musical est évidemment aussi de participer aux concours de recrutement qui permettent un renouvellement de l'effectif : "Nous sommes devenus rapides et efficaces dans ce domaine, notamment parce que nous avons eu pas mal de départs et qu'il a donc fallu organiser plusieurs concours sur un temps limité. La procédure est rodée : le jury est composé du directeur général, des deux Konzertmeisters, de représentants de l'orchestre (et particulièrement des pupitres concernés), et de moi-même. Et les candidats jouent derrière un rideau - pour garantir un choix uniquement fondé sur la musique !"

De façon inhabituelle, Bisanti commence donc son mandat avec un opéra de Verdi jamais donné en Belgique, Alzira (Arts Libre du 23 novembre). Un opéra dont le compositeur lui-même aurait dit qu'il était "vraiment mauvais". Possible ? "Rien n'est vraiment mauvais chez Verdi, même si tout n'est forcément pas du même niveau. On trouve ici un pot-pourri d'idées musicales verdiennes, belles et efficaces. Le concertato final du deuxième acte est vraiment excellent. C'est donc une musique de qualité, mais le livret de Cammaranno est faible, et la dramaturgie est faible." On sent le chef italien prêt à soulever des montagnes pour faire partager ses convictions. Reste à espérer que la mise en scène du Péruvien Jean-Pierre Gamarra - venue de Lima, l'histoire étant celle d'une princesse Inca - soit aussi convaincante.

Liège, Théâtre Royal, du 25 novembre au 3 décembre à 20 h ; www.operaliege.be