Vague belge sans précédent sur la rentrée littéraire

Peut-être n’ont-ils jamais été aussi nombreux : dix-sept auteurs belges sont au rendez-vous en librairie.

Antoine Wauters, Amélie Nothomb et Jean-Philippe Toussaint publient en cette rentrée.
Antoine Wauters, Amélie Nothomb et Jean-Philippe Toussaint publient en cette rentrée. ©Belga et AFP

Le lancement de la rentrée littéraire est l’occasion, cette année particulièrement, de mettre le projecteur sur les auteurs belges, tant ils semblent n’avoir jamais été aussi nombreux à répondre présent en librairie : dix-sept d’entre eux publient un roman (ou assimilé) à partir du 18 août. Rappelons qu’au total, 466 romans (contre 490 l’an dernier) paraîtront d’ici au mois d’octobre. Parmi ces nouveautés, il y aura 321 romans français (dont 74 premiers textes) et 145 ouvrages traduits.

Parmi les écrivains français par ailleurs attendus, citons Sorj Chalandon (L’enragé, Grasset), Mathias Énard (Déserter, Actes Sud), Laurent Binet (Perspective(s), Grasset), Éric Reinhardt (Sarah, Suzanne et l’écrivain, Gallimard), Catherine Poulain (L’ombre d’un grand oiseau, Arthaud), Rachid Benzine (Les Silences des pères, Seuil), Sarah Chiche (Les Alchimies, Seuil), Serge Joncour (Chaleur humaine, Albin Michel), Agnès Desarthe (Le Château des Rentiers, L’Olivier) et François Bégaudeau (L’amour, Verticales). Au rayon étranger, l’attention se portera notamment sur Paolo Giordano (Tasmania, Bruit du Monde), Louise Erdrich (La sentence, Albin Michel), David Vann (La Contrée obscure, Gallmeister), Karl Ove Knausgaard (L’Étoile du matin, Denoël), Salman Rushdie (Victory City, Actes Sud), Hernan Diaz (Trust, L’Olivier) et Celeste Ng (Nos cœurs disparus, Sonatine).

Signalons enfin les dates des grands prix littéraires d’automne : le Grand prix du roman de l’Académie française sera attribué le 26 octobre, le prix Femina le 6 novembre, le Goncourt et le Renaudot le 7 novembre, le Médicis le 9 novembre et l’Interallié le 14 novembre.

Antoine Wauters

"Le plus court chemin" voit Antoine Wauters, dont le précédent livre, Mahmoud ou la montée des eaux, a notamment reçu le prix du Livre Inter et le prix Wepler, nous emmener dans le village où son enfance s'est terminée et où son parcours d'écrivain a débuté. Si ce texte porte une réflexion très personnelle sur l'écriture, il est aussi un hommage au monde campagnard qui l'a vu grandir (et qu'il n'a jamais vraiment quitté), aux êtres qui l'ont accompagné, aux sensations qui l'ont porté ou ébranlé. (Verdier, 238 pp., 19,50 €, en librairie le 24/8)

La première phrase. "J’ai vécu jusqu’à mes dix-huit ans dans un petit village d’Ardenne où mon imagination se trouve encore."

Jean-Philippe Toussaint

"L'échiquier" permet à Jean-Philippe Toussaint, après C'est vous l'écrivain (paru dans la collection Secrets d'écriture en 2022), dans lequel il témoignait de son chemin d'écriture dix ans après L'urgence et la patience, de se pencher autrement sur ses années d'adolescence et la naissance de sa vocation. Construit comme un jeu d'échecs (d'où le titre), ce texte autobiographique est autant un hommage à ce jeu qui est pour lui une passion qu'une réflexion sur l'écriture. Raison pour laquelle il navigue dans son livre à la manière du pion du cavalier : sans ligne droite. (Minuit, 256 pp., 20 €, en librairie le 31/8)

La première phrase. "J’attendais la vieillesse, j’ai eu le confinement."

Amélie Nothomb

"Psychopompe", 31e roman d'Amélie Nothomb, est sans doute son texte le plus autobiographique. Elle y témoigne de sa passion pour un oiseau rare (l'engoulevent oreillard), de son adolescence difficile, de son anorexie, puis de la découverte de l'écriture qui, à chacun de ses romans, eut un effet 'psychopompe' - mot qualifiant ceux qui accompagnent les âmes de la vie à la mort ou l'inverse, comme Orphée avec Eurydice. Ce roman clôt à ses yeux une "Trinité" entamée avec Premier sang et Soif. (Albin Michel, 162 pp., 18,90 €, en librairie le 23/8)

La première phrase. "Le marchand de tissus vit passer un vol de grues blanches."

Lisette Lombé

"Eunice" a dix-neuf ans. Athlète, étudiante en psycho, elle emprunte les chemins de la danse et de l'alcool pour dompter la douleur d'une rupture amoureuse. C'est alors qu'elle apprend le décès de sa mère, tombée dans l'eau d'un fleuve à la sortie d'une boîte de nuit. Suicide ou accident ? Slameuse et artiste passe-frontière, prochaine poétesse nationale (en 2024), Lisette Lombé nous entraîne dans une quête de vérité qui mènera Eunice à la rencontre d'une personnalité qu'elle connaissait finalement mal. Une recherche sous le signe du deuil, qui lèvera aussi le sceau de secrets enfouis. (Le Seuil, 192 pp., 18 €, en librairie le 18/8)

La première phrase. "Rupture."

Jérôme Colin

"Les dragons" est le troisième roman de l'animateur d'Entrez sans frapper et de Hep taxi (RTBF). Son protagoniste est un adolescent se prénommant Jérôme (tiens, tiens), révolté contre tout et contre tous - dont lui-même. Une décision de justice le contraint à séjourner dans un centre de soins où il croise des adolescents en grande souffrance. C'est là qu'il rencontre Colette, dont il tombe amoureux. Un roman pour l'écriture duquel J.C. a côtoyé pendant quatre mois des adolescents dans un centre de soins psychiatriques. (Allary, 192 pp., 18,50 €, en librairie le 24/8)

La première phrase. "Le mot le plus utilisé dans une conversation entre deux êtres humains est ‘je’."

Geneviève Damas

"Strange" voit la dramaturge, comédienne, metteuse en scène et autrice Geneviève Damas quitter provisoirement les éditions Gallimard pour un texte qui prend la forme d'une lettre. Prénommée à la naissance Raphaël, celle qui s'adresse ici à son père a choisi Nora pour prénom de sa métamorphose. De l'étroitesse d'une identité tronquée à l'éclosion d'une nouvelle vie, sa missive se déploie en célébrant l'acte d'aimer (que ce soit soi-même ou son père) autant que le chant, vecteur d'épanouissement. (Grasset, 180 pp., 18,90 €, en librairie le 23/8)

La première phrase. "Je suis resté assis sur mon lit je ne sais combien de temps."

Thomas Gunzig

"Rocky, dernier rivage" permet à l'auteur de Manuel de survie à l'usage des incapables et de La vie sauvage, scénariste de Blake et Mortimer, le dernier pharaon, de réinventer le roman de survie en signant une fois encore une satire. Milliardaire sûr de lui, Fred a installé sa famille sur une île déserte dans la villa luxueuse et ultra équipée qu'il y a fait construire. Quand les connexions s'éteignent, ces derniers survivants peuvent compter sur leur environnement pour continuer à mener leur vie sans trop de dommages. Mais que vaut une existence en vase clos, coupée des autres ? (Au Diable Vauvert, 341 pp., 20 €, en librairie le 31/8)

La première phrase. "Il était furieux."

Véronique Bergen

"Écume" est réédité à Paris en cette rentrée, après une première sortie en Belgique en mars dernier. Dans ce roman polyphonique "d'une vigueur inouïe" selon Francis Matthys (Arts Libre, 5 avril 2023), qui voit en la romancière, essayiste, philosophe et poète Véronique Bergen "la plus intrépide et flamboyante" des écrivaines belges d'aujourd'hui, trois trajectoires marines s'entrelacent dans le sillage de Moby Dick (1850), le roman d'Herman Melville. "Volcanique est l'écriture de la romancière d'Écume qui puise son encre dans un torrent de lave", écrivait encore notre collègue. (Les Équateurs/Onlit, 334 pp., 21,90 €, en librairie le 30/8)

La première phrase. "Détrompez-vous."

Charly Delwart

"Que ferais-je à ma place ?" fait suite à Databiographie (2019), dans le même esprit ludique et observateur. Comment mener la seule existence qui s'offre à nous ? En 70 questions, l'écrivain installé à Paris tire de situations anodines et quotidiennes des interrogations essentielles, en proposant des choix multiples non dénués d'esprit ni d'humour. (Flammarion, 194 pp., 20 €, en librairie le 30/8)

La première phrase. "Tous les jours, des faits ou des événements nous interrogent, parce qu’ils nous percutent directement ou nous interpellent par empathie avec la personne concernée - que ferais-je à sa place ? - ou par autocentrage - que ferais-je si ça m’arrivait ?"

Isabelle Wéry

"Rouge Western" de l'actrice, metteuse en scène et autrice Isabelle Wéry, née à Liège, nous emmène en Andalousie. C'est là que se rend pour quelques jours de vacances Vanina, qui a reçu de ses neveux un séjour en cadeau. Et voici bientôt cette femme âgée, personnalité libre défiant les préjugés, mêlée malgré elle aux histoires de famille et aux arnaques de ses hôtes. Rouge Western a été écrit lors d'une résidence d'écriture en Chine et en Espagne. Isabelle Wéry a reçu l'European Union Prize for Literature pour Marlilyn désossée. (Au Diable Vauvert, 304 pp., 20 €, en librairie le 30/8)

La première phrase. "Le Chat m’attend à l’aéroport."

Jean-Luc Outers

"Mon nom ne vous dira rien" s’immisce dans le quotidien d’un homme dont l’épouse est partie en mission en Afghanistan. Sept jours durant, son quotidien sera émaillé de voyages et de rencontres qui le confrontent au désordre de sa vie. Jean-Luc Outers est l’auteur d’une dizaine de romans et a notamment établi la correspondance entre Dominique Rolin et Philippe Sollers. (Les Impressions Nouvelles, 164 pp., 18 €, en librairie le 22/8)

La première phrase. "Ce récit des sept jours qui ont marqué une vie, la mienne que je pensais largement derrière moi, s’ouvre, allez savoir pourquoi, sur une navrante histoire de poissons rouges que Julie avait offerts à Gaspard juste avant son départ en voyage."

Éléonore de Duve

"Donato" est le nom d'un mineur italien qui a quitté sa région natale pour venir travailler en Belgique, dans le charbonnage de Roton. Déterminée à connaître son histoire qu'il n'a jamais partagée, sa petite-fille Clio se lance sur les traces d'une vie - du soleil des Pouilles au gouffre noir de la mine. Donato est le premier roman d'Éléonore de Duve, avocate au barreau de Bruxelles. (Corti, 216 pp., 21 €, en librairie le 31/8)

La première phrase. "La lumière faiblit, l’ombre se fera une place ; le jour perdra contre le noir cependant que l’aube l’emportera à nouveau sur l’anthracite et ainsi de suite jusqu’à la nuit."

Jacques Sojcher

"Jacki est sage" voit Jacques Sojcher, professeur de philosophie et d’esthétique à l’ULB ("professeur d’incertitude", écrit-il dans ces pages) se livrer à l’exercice autobiographique. Il y retrace son histoire d’enfant caché (sans père et sans Dieu) depuis ses tout premiers moments in utero. Dans le film de son existence surgissent ses amis voués à la littérature, les femmes qu’il a aimées, ses enfants, et un certain Albert II notamment. Un parcours baigné de lectures marquantes, et non dénué d’humour (juif). (Les Impressions Nouvelles, 160 pp., 16 €, en librairie le 31/8)

La première phrase. "Dans le ventre de ma mère, je sens les coups de boutoir du sexe de mon père."

Debora Levy

"La version" est le premier roman de Debora Levyh, qui a pratiqué et enseigné l'architecture avant de se consacrer à des installations documentales et des fictions non narratives. Elle nous emmène ici à la rencontre d'un peuple imaginaire et insaisissable, dont elle explore l'artisanat, les coutumes, le rapport au temps… avec un regard anthropologique. Entre étrangeté, onirisme et poésie, ce texte interroge notamment l'identité (qui n'a aucune valeur dans cette mystérieuse communauté) et le rapport à la langue. (Allia, 128 pp., 12 €, en librairie le 22/8)

La première phrase. "Très franchement, je ne crois pas qu’on puisse parler d’un monde dans la langue d’un autre monde."

Corine Jamar

"Les aimantes" explore le thème de l'amitié - sa vulnérabilité, ses équations mouvantes, sa résilience. Rien ne semble pouvoir séparer Anne, Delphine, Éléonore et Noémie. Pourtant, lorsque survient le drame (le décès du fils d'Anne dans un accident dont Delphine se sent coupable), leur équilibre vacille, redistribuant les forces, exacerbant les loyautés, alimentant les incompréhensions, éveillant des émotions nouvelles. Corine Jamar est l'auteure d'une dizaine de titres. (Zellige, 304 pp., 22 €, en librairie le 24/8)

La première phrase. "Une voyante avait prédit à Éléonore qu’elle mourrait noyée un peu après soixante ans."

Paul Colize

"Devant Dieu et devant les hommes" se déroule à Marcinelle, en 1958, soit deux ans après la terrible catastrophe du Bois du Cazier, qui a coûté la vie à 250 personnes. Dans ce roman noir, une journaliste est envoyée sur place pour y enquêter sur un fait troublant : deux mineurs auraient profité des ravages de l'incendie pour tuer leur supérieur. Si travailler sur ce sujet lui paraît être une grande responsabilité autant qu'une belle reconnaissance, elle va vite comprendre qu'on ne l'a pas envoyée là par hasard. (Hervé Chopin, 320 pp., 19,50 €, en librairie le 21 septembre)

La première phrase. "Ici, c’est comme tu attends la mort."

Éric-Emmanuel Schmitt

"La rivale" dresse le portrait en creux de Maria Callas, à travers les yeux de sa rivale la plus acharnée, Carlotta Berlumi. De retour en Italie (où tout le monde l'a oubliée) après des années d'exil en Argentine, elle se livre à celui qui devient son confident en dressant le portrait acerbe et irrévérencieux d'une Diva qui, selon elle, lui aurait volé la vedette. Où l'auteur de L'Évangile selon Pilate et Oscar et la dame Rose, membre de l'Académie Goncourt et citoyen belge depuis plusieurs années, fait pénétrer son lecteur dans les coulisses du monde de l'opéra. (Albin Michel, 144 pp., 16,90 €, en librairie le 27/9)

La première phrase. "Lorsqu’il entra dans l’Opéra, Enzo manqua défaillir."

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