A l'appel de l'European Milk Board Office (EMB), les producteurs de lait belges et de quatorze autres pays européens manifestent lundi et mardi devant le Parlement européen. Afin de réclamer un prix de vente plus équitable du lait en Europe, plus de 2.000 producteurs laitiers sont venus faire entendre leur voix sur la place du Luxembourg, selon les organisateurs. Au total, 800 tracteurs sont entrés dans Bruxelles. C'est dans un gigantesque concert de klaxons que plusieurs dizaines de tracteurs sont arrivés sur la place du Luxembourg, située en face du Parlement européen. Le reste des tracteurs étant rassemblés au parc du Cinquantenaire.

Ils ont arrosé de quelque 15.000 litres de lait la façade d'un bâtiment de l'Union européenne où se tient une réunion d'eurodéputés, place du Luxembourg à Bruxelles. Les producteurs laitiers ont également arrosé les forces de police, qui ont répliqué à coups de matraque. Une dizaine de pneus ont également été incendiés par les manifestants non loin de l'entrée de la gare du Luxembourg.

"Aujourd'hui, de très nombreuses fédérations sont présentes: allemande, hollandaise, polonaise, française, espagnole, danoise, irlandaise" a commenté Anton Sidler, agriculteur normand et membre de l'EMB.

Pour Erwin Schöpges, président de la branche belge de l'EMB, "il est temps que l'union européenne défende les agriculteurs et les consommateurs, et non plus les gros industriels. C'est pour cela que nous sommes réunis à Bruxelles." Les producteurs laitiers belges ont aussi fait le déplacement. "On ne sait vraiment plus s'en sortir. Nous sommes obligés de faire de l'élevage, nous ne pouvons pas nous diversifier. La terre n'est pas cultivable chez nous", ont expliqué Ghislain et Benoît, fermiers en région vierviétoise.

"En soirée, les agriculteurs pourront directement parler aux eurodéputés pour les sensibiliser aux problèmes du secteur lors d'un débat sous le chapiteau installé place du Luxembourg", a précisé M. Schöpges.

Laruelle soutient les agriculteurs qui manifestent à Bruxelles

La Belgique fait ce qu'elle peut pour tenter d'alerter les instances européennes, mais elle est peu suivie, a déploré lundi matin la ministre fédérale de l'Agriculture Sabine Laruelle (MR), sur les ondes de La Première (RTBF) alors que des centaines de tracteurs de producteurs laitiers font route ce lundi vers Bruxelles afin de protester contre la baisse des prix sur le marché du lait.

Dans le cadre de l'action "1.000 tracteurs à Bruxelles", les agriculteurs vont y mener une série d'actions symboliques. Ils devraient être, au total, plus de 1.000 producteurs laitiers sur la place du Luxembourg. Deux cents tracteurs convergent vers les institutions européennes.

"Aujourd'hui, nous avons des membres de très nombreuses fédérations présents en Belgique: des Allemands, Néerlandais, Polonais, Français, Espagnols, Danois", a commenté Anton Sidler, agriculteur normand et membre de l'EMB.

La ministre fédérale de l'Agriculture estime qu'il faut entendre l'appel de l'agriculteur, "le maillon le plus petit", qui n'a pas assez de force de négociation pour se faire respecter. Selon elle, ce sont surtout les coûts qui empêchent les revenus des agriculteurs d'augmenter.

Deux secteurs en souffrance

A propos des agriculteurs belges, Sabine Laruelle estime que les agriculteurs wallons qui sont les plus touchés par les problèmes financiers en raison, de la place qu'y occupent la viande bovine et le lait, "deux secteurs qui souffrent". La Belgique plaide "pour un système de régulation au niveau européen, que ce soit dans le lait, que ce soit dans d'autres 'spéculations'" mais elle n'est pas suivie par l'ensemble les pays européens dans cette demande, a-t-elle regretté.

Le député européen socialiste Marc Tarabella, membre de la commission de l'agriculture, estime lui que la crise actuelle est plus grave que celle de 2009, lorsque les producteurs avaient notamment déversé trois millions de litres de lait dans un champ de Ciney pour signaler leur mécontentement. Il réitère son appel pour "une autorité publique gendarme des marchés laitiers" et demande la création d'un observatoire des prix et des marges qui veillerait à une répartition plus équitable.

"Le secteur laitier est trop exposé à la volatilité des prix alors que 95% du lait est valorisé et consommé localement. Les 5% restant, à eux seuls, font fluctuer le prix de l'ensemble de la production mondiale", déplore encore Marc Tarabella.

La vente directe de lait représente moins de 5% du total des ventes en Belgique

La vente directe, ou en circuit court, représente actuellement 5% des ventes de lait et de produits laitiers en Belgique, a indiqué lundi la Fédération wallonne de l'agriculture (FWA), alors que plusieurs centaines de producteurs de lait sont attendus dans le quartier européen de Bruxelles pour protester contre la baisse des prix sur le marché du lait. La vente directe du lait et de ses dérivés par les producteurs a commencé à se développer dans les années 1970. "Il s'agit d'un bon moyen de valoriser la production et d'augmenter la rentabilité", explique Yvan Hayez, secrétaire général de la FWA. "Cela demande cependant beaucoup d'efforts car la transformation du lait est un tout autre métier que sa production", ajoute-t-il.

Même si elle ne dispose pas de chiffres à ce sujet, la FWA constate qu'un nombre croissant de producteurs franchissent le pas et vendent eux-mêmes une partie de leur production depuis le début de la crise ayant frappé le secteur. "Cette pratique se développe quand la production est moins rémunératrice. C'est pourtant moins facile qu'avant, notamment en raison des normes toujours plus strictes de l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire", commente Yvan Hayez.

La vente directe n'est pas toujours un gage de rentabilité, certains agriculteurs s'en sortant mieux que d'autres. "Il n'y a pas une agriculture, mais des agricultures. Ici, nous parlons clairement d'un marché de niche", conclut le secrétaire général de la FWA.

Maintenir les quotas de production ne réglera pas les problèmes pour le Boerenbond

La Fédération flamande des entrepreneurs agricoles, ne participe pas aux actions de protestations contre la baisse des prix sur le marché du lait lundi à Bruxelles. Elle estime que préserver les quotas laitiers en Europe n'apporte aucune solution aux problèmes de l'industrie laitière.

Depuis 2004, l'Union européenne a décidé de progressivement libéraliser sa politique agricole et de supprimer les quotas laitiers en 2015.

"De plus, les instances européennes ont rédigé ces mesures de manière à préparer les producteurs laitiers pour lesquels les quotas actuels ne constituent de toute façon pas un frein à la production. Les producteurs doivent se rendre compte que, dans les circonstances actuelles, ces quotas sont devenus des instruments chers qui ne garantissent plus des prix élevés du lait. La situation actuelle confirme cela, avec un prix de vente du litre de lait de 33 cents qui permet à peine de couvrir la forte augmentation des frais", estime le Boerenbond.

Les producteurs belges sont confrontés à un prix plus bas que leurs voisins en raison d'une position concurrentielle moins favorable de l'industrie laitière belge, ajoute le Boerenbond. "Mener des actions unilatérales témoigne du peu de solidarité avec les autres agriculteurs et horticulteurs et peut être dangereux pour l'image", estime encore la fédération.

Le Boerenbond plaide plutôt pour un plan d'action avec des mesures telles une meilleure rationalisation des coûts au sein de la production, la fondation de groupes de producteurs ou encore une meilleure communication du secteur, ce qui permettrait aux producteurs de participer à la détermination des prix et d'adapter leur production aux besoins du marché.

Les éleveurs wallons bloquent le centre de distribution de Delhaize à Zellik

Quelque 80 tracteurs de membres de la Fédération unie de groupements d'éleveurs et d'agriculteurs (FUGEA) bloquent depuis lundi midi le centre de distribution de Delhaize à Zellik, afin de revendiquer des prix rémunérateurs pour tous les éleveurs wallons. Ce blocage s'inscrit dans le cadre des actions menées par l'European Milk Board (EMB) ces lundi 26 et mardi 27 novembre à Bruxelles.

Les éleveurs wallons ont décidé d'axer leur action sur Delhaize car ils estiment que la chaîne de supermarchés est celle qui fournit le moins d'efforts pour tenter de remédier à la situation catastrophique à laquelle doit faire face le secteur.

Plus tôt dans la matinée, des représentants de la FUGEA ont également rencontré des dirigeants de la laiterie Olympia à Herfelingen. La FUGEA a insisté sur la nécessité pour les éleveurs de travailler main dans la main avec les industries afin d'assurer un avenir durable au secteur.

Pas de gros problèmes de circulation à Bruxelles à la mi-journée

Aucun problème de circulation particulier n'était à signaler vers 13h30 lundi alors que plusieurs centaines de tracteurs rallient le quartier européen de la capitale pour protester contre la baisse des prix sur le marché du lait.

"Hormis quelques camions dans les tunnels bruxellois, la circulation reste fluide", indique Bruxelles Mobilité.

Sur les autoroutes en direction de Bruxelles, seule l'E40 en provenance de Liège pose actuellement problème. Le centre Perex conseille aux conducteurs venant de Liège de passer par Namur pour rejoindre la capitale.

De son côté, la Société des transports intercommunaux de Bruxelles (STIB) n'a pas constaté d'importantes perturbations sur son réseau de trams et de métros. Quelques lignes de bus (12-21-27-34-54-80-95) enregistrent cependant des retards de 20 à 25 minutes aux abords du rond-point Montgomery et de la place du Luxembourg.

La rue Belliard à Bruxelles fermée

La rue Belliard a été fermée à la circulation lundi soir en raison de la manifestation des producteurs de lait à Bruxelles, a indiqué lundi soir à l'Agence Belga le porte-parole de la police de Bruxelles-Capitale/Ixelles. Elle le restera jusque tard lundi soir et pourrait encore l'être mardi matin. La circulation dans le centre de la capitale se résorbe petit à petit. Le trafic se fluidifie ainsi rue de la Loi et sur la petite ceinture. Les tracteurs quittent progressivement la ville, a de son côté indiqué la police fédérale.

Environ 800 tracteurs et 2.000 manifestants se sont retrouvés lundi dans la capitale pour défendre un prix du lait honnête et équitable. Plusieurs dizaines de tracteurs sont stationnés place du Luxembourg et le resteront pour la nuit.

Mardi, d'autres actions symboliques sont prévues, selon l'European Milk Board Office (EMB), organisateur de la manifestation.

Le cdH prône un nouveau système de régulation, Ecolo souhaite un observatoire des prix

"Il est urgent que l'Europe mette en place un nouveau système efficace de régulation de la production" laitière, a réagi lundi le cdH à la suite de la manifestation des producteurs laitiers à Bruxelles. Ecolo est, lui, favorable à la mise en place d'un observatoire des prix, tout comme les députés européens Anne Delvaux (cdH) et Marc Tarabella (PS). Rappelant que le cdH était la seule formation politique francophone à avoir contesté avec force, en 2003, la décision de l'Europe d'abandonner les quotas laitiers, les démocrates humanistes plaident pour l'instauration rapide d'un nouveau système de régulation du marché.

"Seules des règles fixées, au minimum au niveau européen, peuvent permettre d'assurer un rééquilibrage des rapports de force afin de garantir des produits de qualité aux consommateurs, une préservation de l'environnement et une rémunération juste de chaque agriculteur", insiste le parti.

Le cdH souligne encore qu'en un an, les prix du lait payés aux éleveurs ont baissé de 10% alors que les coûts de production ont continué à augmenter. "Cette situation est intenable pour les producteurs dont les trésoreries sont au plus bas depuis 2009", ajoute-t-il.

La députée européenne Anne Delvaux (PPE/cdH) plaide quant à elle pour la mise en place d'une agence européenne agricole, qui aurait la possibilité d'influer directement sur le prix du lait lorsque celui-ci passe sous un certain seuil. "Cette agence agirait comme un observatoire des prix, avec cependant une compétence plus large que la supervision de la seule production laitière. Je pense notamment aux denrées alimentaires comme le blé et d'autres denrées subissant la spéculation", explique-t-elle dans un communiqué distinct.

De son côté, Ecolo, prône également la mise en place d'un tel observatoire des prix, qui permettrait d'augmenter ou de diminuer l'offre en fonction de la demande au niveau européen. "Les ministres fédéral et régional de l'Agriculture doivent être à l'initiative de cette proposition, par ailleurs portée par le Groupement laitier belge et l'European Milk Board", concluent les Verts.

Plus tôt dans la journée, l'eurodéputé socialiste Marc Tarabella s'était déjà prononcé, par voie de communiqué, en faveur d'"une autorité publique gendarme des marchés laitiers" et avait demandé la création d'un observatoire des prix et des marges qui veillerait à une répartition plus équitable.