Les candidats aux fonctions de promotion d’inspecteur peuvent, jusqu’à ce mardi 7 mai inclus, déposer leur candidature auprès du Selor, en vue de présenter l’épreuve de sélection qui aura lieu ces 11 et 12 mai. Lundi, l’Administration générale des personnels de l’enseignement (AGPE) enregistrait 850 candidats, dont quelque 160 occupent déjà le poste d’inspecteur faisant fonction (ff).

Pourquoi ces inspecteurs doivent-ils dès lors passer l’examen du Selor ? Pour comprendre la situation, il faut remonter à la réforme de l’inspection, en 2007. Le décret du 8 mars 2007 unifie les services d’inspection en un Service général de l’inspection; décharge les inspecteurs d’une série de tâches de nature administrative; assure aux inspecteurs un statut propre, totalement indépendant des écoles et des PO; et permet aux enseignants de tous les réseaux d’accéder à la fonction d’inspecteur.

Pour devenir inspecteur, chaque postulant est désormais recruté sur la base d’un brevet obtenu au terme de trois sessions de formation, chacune sanctionnée par une épreuve. Elles sont de trois ordres : les aptitudes relationnelles et les ressources humaines; les aptitudes pédagogiques; et la connaissance de matières législatives et réglementaires. L’épreuve administrative est organisée en 2010. "L’Administration a tardé à organiser la première épreuve. Et celle-ci s’est mal passée" , se souvient Pascal Chardome, président de la CGSP-Enseignement. Conséquence ? De multiples recours ont été déposés devant le Conseil d’Etat, qui, pour des raisons de composition de jury, a annulé l’arrêté relatif à l’épreuve administrative. "Des recours étaient également lancés contre les deux autres arrêtés, là aussi pour des raisons de composition de jury par rapport aux deux autres épreuves. Le risque était donc de voir ces deux arrêtés également annulés , explique-t-on au cabinet de Marie-Dominique Simonet (CDH). Pour assurer la sécurité juridique, la ministre a donc repris tout le dossier à zéro."

Une épreuve unique au Selor

Ainsi, en 2011, "le gouvernement a décidé de revoir tout le processus de sélection (des inspecteurs) , reprend M. Chardome , et a instauré une forme d’épreuve de recrutement, l’idée étant que tout candidat qui passe une épreuve est versé dans une réserve de recrutement, dans laquelle on va puiser au fur et à mesure les emplois d’inspecteur. Malheureusement, depuis 2011, cela a encore traîné, ce qui signifie qu’aujourd’hui, il y a 1 500 candidats potentiels" .

Modifié par le décret du 12 juillet 2012, le décret du 8 mars 2007 prévoit désormais une épreuve de sélection unique organisée par le Selor.

Une disposition nouvelle qui, si elle remet les compteurs à zéro, est loin de faire l’unanimité auprès de quelque 160 inspecteurs ff - soit les 2/3 du cadre prévu des 251 inspecteurs du Service général de l’inspection ! - qui sont appelés à présenter l’examen de sélection ce week-end. A tel point que 7 d’entre eux ont déposé un recours devant la Cour constitutionnelle. Le décret inspection prévoit en effet qu’après dix ans, tout inspecteur est nommé définitivement, même en l’absence d’épreuve de sélection. Mais cette clause ne s’applique pas aux inspecteurs ff, puisque ne se sont écoulés que sept ans entre 2007 et 2013. Or, "beaucoup d’entre eux estiment que cela fait suffisamment longtemps qu’ils attendent pour être admis au stage" (NdlR : l’épreuve de sélection réussie, le lauréat doit effectuer un stage de deux ans, suivi d’une évaluation, avant d’être nommé inspecteur) , relaie le président de la CGSP. Par ailleurs, "c’est une grosse inquiétude : beaucoup estiment que l’épreuve n’est pas du tout adaptée puisqu’elle est organisée devant un ordinateur et non plus devant un jury. Les inspecteurs ff voient une épreuve remplacée par une autre. Ce sont eux qui ont le plus à perdre" .

Avoir été inspecteur ff ne conférera donc aucun droit automatique à devenir définitivement inspecteur. En revanche, tous les inspecteurs faisant fonction depuis plus de deux ans seront choisis prioritairement s’ils réussissent l’épreuve. "Quant aux inspecteurs ff qui rateraient leur examen, ils seraient susceptibles de réintégrer leur fonction antérieure, parfois après six ou sept ans d’exercice, ce qui serait une catastrophe pour eux" , souligne M. Chardome.