Comparativement aux Régions wallonne et flamande ainsi qu’autres grandes villes européennes, la Région bruxelloise jouit d’une représentation politique "inédite" des élus issus de la diversité ethnoculturelle et en particulier des élus musulmans. Voilà le principal constat qui fonde l’étude "La représentation politique des musulmans à Bruxelles" de Fatima Zibouh, chercheuse en sciences politiques et sociales à l’université de Liège, en ligne depuis lundi sur le site de Brussels Studies (1).

Depuis le scrutin régional de 2009, le Parlement bruxellois compte 21,3 % de députés musulmans, soit plus d’un député bruxellois sur cinq. "Cette originalité est d’autant plus forte que l’un des sièges du Parlement est attribué pour la première fois à une députée musulmane portant un foulard (Mahinur Ozdemir, CDH), ce qui constitue une première dans toute l’UE", souligne la chercheuse. Plus précisément, l’hémicycle comprend 19 députés musulmans sur 89, dont 11 au PS, 1 au MR, 3 au CDH, 2 chez Ecolo et 1 au SP.A.

Il est en outre intéressant d’observer qu’à la création de la Région bruxelloise en 1989, le Parlement ne comptait aucun élu musulman, puis 4 en 1995 et 9 en 1999 (sur 75 députés), et 17 en 2004 (sur 89 parlementaires).

Comment expliquer cela ? Fatima Zibouh identifie, à la lumière de nombreuses études, plusieurs facteurs.

1o Les facteurs institutionnels. "La Belgique connaît un mode de scrutin de type proportionnel qui permet une représentation plus fidèle des différents courants qui composent l’électorat que celui des systèmes de type majoritaire", indique-t-elle. D’autre part, les lois sur la nationalité (1984, 1991, 1998 et 2000) ont permis plus de 200 000 naturalisations depuis 1989 en région bruxelloise, ce qui a ouvert l’accès au droit de vote. Mme Zibouh relève par ailleurs que "l’élection de 2004 a constitué un véritable tournant lié entre autres aux changements du code électoral". C’est en 2004 également que le PS a engrangé plus de 30 % des votes (26 sièges, dont 13 députés musulmans), reléguant le MR sur les bancs de l’opposition. "Certains observateurs n’ont pas hésité à établir une corrélation entre cette victoire et la présence sur la liste du PS de plusieurs candidats d’origine étrangère, note Fatima Zibouh. Même si cette tendance a légèrement décru au sein du PS pour les élections de 2009, on constate une plus grande hétérogénéité qu’au sein des listes électorales des autres partis, ce qui pourrait expliquer l’augmentation générale du nombre de députés musulmans."

2o Les facteurs démographiques. Plus de la moitié de la population bruxelloise est étrangère ou d’origine étrangère. Certains quartiers concentrent des populations musulmanes, notamment d’origine marocaine et turque. "Cette concentration a des conséquences sur la répartition géographique des suffrages et constitue donc un élément déterminant pour comprendre la représentation politique des élus musulmans", commente Mme Zibouh.

3o Les facteurs liés à la mobilisation associative. Du côté marocain, "on peut constater l’absence de réelle organisation associative suffisamment influente pour pouvoir définir des directives de vote", pointe la chercheuse. En revanche, du côté turc, "elle semblerait plus marquée et mieux structurée", ce qui pourrait notamment expliquer "les bons résultats de candidats d’origine turque", à l’instar d’Emir Kir, 2e score du PS après Charles Picqué en 2004 et 2009.

4o L’effet de l’interaction des facteurs explicatifs. Pour Fatima Zibouh, "la particularité de Bruxelles réside dans les ‘structures des opportunités de participation politique’ mobilisées par les personnes issues de l’immigration". Ainsi, "plus les institutions sont ouvertes à la mobilisation politique des personnes issues de l’immigration, plus la participation politique sera forte".

Enfin, à terme, le débat ne sera pas de savoir combien de députés musulmans siègent au Parlement bruxellois mais bien "d’examiner comment ils vont s’inscrire dans le registre de la défense de l’intérêt des Bruxellois, tout en faisant de leur différence une plus-value au service des quartiers ou des citoyens les plus fortement touchés par les discriminations et la précarité", conclut la chercheuse.

(1) www.brusselsstudies.be