La Louvière a gagné son pari: l'extrême droite est au tapis

Des six sièges remportés par le FN voici six ans, il ne reste rien: Willy Taminiaux a récupéré les brebis égarées du PS

CLAIRE BORTOLIN

ANALYSE

De 21 à 29 sièges sur 41. Le bond, fulgurant, dépasse les attentes de l'équipe socialiste de La Louvière, qui escomptait au moins revenir au score de 1988, au moment où le PS bénéficiait encore d'une majorité absolue confortable avec 25 sièges. La recette tient en un seul ingrédient: Willy Taminiaux.

Quand il en parle, le futur bourgmestre de la Cité de la Louve en est presque gêné, se demandant s'il n'aurait pas mieux fait de continuer sa carrière ministérielle Mais dans l'opposition, tous saluent l'homme et son score, reconnaissant son implication de longue date dans les associations de la région; le rôle qu'il a joué dans les ministères où il est passé, gardant toujours le social comme cheval de bataille; sa proximité; son honnêteté.

Effectivement, M. Taminiaux a ratissé plus large que l'électorat socialiste: s'il élève son parti à 29 sièges, PSC et PRL en perdent chacun un (de 6 à 5) tandis qu'Ecolo se maintient à deux. Tendance qui ne reflète pas l'évolution globale en Wallonie et a déçu l'opposition Nous n'avons rien pu faire face à ce vote quasi messianique, note Antonio Caci, chef de file Ecolo. La population a voté en masse pour Willy Taminiaux, avec cet espoir, parfois déraisonné ou déraisonnable qu'il allait résoudre tous les problèmes.

PARTICULIÈREMENT PÂLES

Mais à La Louvière, ce qui réjouit tout le monde, c'est la disparition de l'extrême droite du conseil communal. Une éradication qui s'explique de plusieurs façons. D'abord, par le fait que les six élus ont fait rapidement apparaître des dissensions et se sont divisés en trois factions. Ils arrivaient au conseil en pensant donner des leçons à tout le monde, explique M. Taminiaux, mais ils n'ont pas résisté à l'exercice de la démocratie.

Les représentants louviérois du FN étaient particulièrement pâles analyse Pierre Colette, chef de file du PRL-MCC, et n'ont heureusement pas saisi l'opportunité de se renforcer par une présence publique. Pourtant, l'opposition a eu la vie dure ces six dernières années, comme l'explique le représentant PSC Yves Drugmand: Il était difficile d'aborder certains sujets sans que ce soit récupéré par le FN Autres explications: la multiplication de petites listes (douze en tout) qui a joué en faveur de la plus forte; une campagne électorale au cours de laquelle les partis démocratiques ont créé un cordon sanitaire en optant pour une démocratie plus participative; une embellie socio-économique par rapport à 1994.

Et puis surtout, il y a six ans, il y avait eu un vote émotionnel en réaction à la décision d'implanter un centre pour réfugiés politiques à Haine-Saint-Pierre. Ce qui avait révélé un malaise profond d'une frange plus défavorisée de la population, habituée jusque-là à voter socialiste.

RESTER VIGILANT

Aujourd'hui donc, à l'aube de l'an 2001, tout semble rentrer dans l'ordre L'effet Taminiaux a pleinement joué, et il s'en réjouit: je me suis surtout présenté parce que j'estimais avoir un devoir à assumer. C'eût été incompréhensible que je reste les bras croisés devant ce danger pour la démocratie, explique celui qui promet de mettre au point une stratégie basée sur la participation. Le citoyen ne demande pas mieux que de donner son avis. Mais il est clair que cela passe par l'apprentissage de la démocratie. M. Taminiaux promet aussi de revaloriser le rôle du conseiller communal

Mais PSC, PRL et Ecolo rappellent tous que si l'extrême-droite a concrètement disparu de par l'émiettement de ses factions, il n'en reste pas moins que plus de 1.500 personnes ont encore voté FN ou Bloc W et que l'on dénombre près de 4.000 votes blancs ou nuls. Il faut toujours se méfier qu'ils trouvent d'autres moyens d'expression, insiste M. Drugmand. Il s'agira de rester attentif à des thèmes comme la sécurité, le logement, ainsi que l'économique et l'emploi, et le reste devrait suivre. Et Il faudra structurer une opposition valable, proposer une véritable alternative, dit aussi M. Colette. Pour M. Caci, le terreau qui a permis à un certain moment ce vote de rejet de la démocratie existe toujours. Le grand enjeu, si l'on veut que la région se relève, c'est passer d'une culture d'assistance, propre aux régions touchées par la crise, à une culture de citoyenneté où les gens peuvent être autonomes et créatifs.

Quant au vote des électeurs étrangers (plus de 4.000), on estime qu'il a globalement été semblable à celui des Belges

© La Libre Belgique 2000


Semeurs de démocratie S'il y a bien une région où la vie associative est bouillonnante, pluraliste et active, c'est celle de La Louvière. Elle a encore montré son importance et le rôle qu'elle voulait jouer dans les semaines qui ont précédé les élections en mettant sur pied l'action semeurs de démocratie. Au sein de la commission d'éducation permanente du Centre culturel, les associations des différentes mouvances - qui, à force de se côtoyer, ont appris à s'apprécier en respectant leurs différences - ont mis au point un programme ambitieux de sensibilisation à la citoyenneté, et ce à destination de tous les publics, depuis les plus petits enfants de l'école primaire, puisque c'est là que tout commence Spectacles, théâtre-action, conférences, créations de fresques, ateliers d'analyse de la presse pour les adultes moins favorisés, clichés d'adolescents, animations ludiques ont permis à bien des Louviérois de découvrir la réalité démocratique et citoyenne. L'an dernier, l'opération itinéraire solidaire, basée sur le même principe d'animations multiples autour du thème de la solidarité, avait été primée par l'association des centres culturels de la Communauté française. Des semences qui, au vu du résultat du scrutin, commencent à porter leurs fruits, même si tous sont conscients que la démocratie se cultive tous les jours (C.B.) © La Libre Belgique 2000