Vilvorde, nouveau symbole communautaire

Mardi soir, Vilvorde ressemblait un peu aux Fourons de la belle époque ou à Rhode-Saint-Genèse. Plusieurs dizaines de nationalistes flamands ont manifesté pour dénoncer l'accord conclu par Jean-Luc Dehaene afin de prendre la tête de cette ville aux portes de Bruxelles. Son crime, aux yeux des manifestants? Avoir débauché deux conseillers FDF pour boucler sa majorité progressiste CVP- SP- Agalev.

OLIVIER MOUTON

ANALYSE

Mardi soir, Vilvorde ressemblait un peu aux Fourons de la belle époque ou à Rhode-Saint-Genèse. Plusieurs dizaines de nationalistes flamands ont manifesté bruyamment pour dénoncer l'accord conclu par Jean-Luc Dehaene afin de prendre la tête de cette ville aux portes de Bruxelles, tant et si bien que l'ancien Premier ministre CVP a dû être escorté par les forces de l'ordre au moment de partir. Son crime, aux yeux des manifestants? Avoir débauché deux conseillers élus sur la liste du FDF pour boucler sa majorité progressiste CVP- SP- Agalev.

Le CVP a vendu le caractère flamand de la commune, s'étaient déjà insurgés ces manifestants à deux reprises ces dernières semaines en dénonçant la haine anti-flamande du FDF. Réplique du futur bourgmestre: les deux élus de la liste francophone ont signé un texte dans lequel ils s'engagent à respecter ce caractère flamand. Le président du FDF, Olivier Maingain, a d'ailleurs exclu Jean-Pierre Vermotte et Monique Gob-Devuyst, accusés d'avoir trompé l'électeur. Le bourgmestre sortant, Willy Cortois (VLD), parle quant à lui de manque de correction politique. Et d'ajouter: Le cordon sanitaire autour des francophones dans la périphérie autour de Bruxelles est brisé.

Vilvorde se réveille en 2001 avec la gueule de bois communautaire. Et devient pour certains un nouveau symbole de traîtrise à la cause flamande. Inutile de dire que cela pèsera lourd sur le climat politique de la législature à venir.

UNE VALSE AVEC LE VLAAMS BLOK

La coalition entre le CVP et le VLD a bien fonctionné pendant seize ans, mais l'atmosphère s'est détériorée ces deux dernières années, estime Jean-Luc Dehaene. Surtout, une rivalité personnelle est née entre les deux candidats Jean-Luc Dehaene et Willy Cortois. Si le CVP restait le premier parti de Vilvorde, comme cela était déjà le cas six ans auparavant, il était convenu que le second céderait sa place au premier. Le CVP a décroché 27pc et dix sièges, le VLD 23,7pc et neuf sièges. Mais Willy Cortois a refusé de décrocher. La porte était ouverte à toutes les aventures. Pour devenir maïeur, Jean-Luc Dehaene a dû revêtir une nouvelle fois ses vêtements de plombier avec lesquels il s'était fait une solide réputation au fédéral.

Exit, donc, la coalition sortante CVP-VLD, mais cette mutation politique ne s'est pas faite - c'est un euphémisme - dans le meilleur des climats du monde. Sociaux-chrétiens et libéraux se sont mutuellement accusés de briser le cordon sanitaire en courtisant le Vlaams Blok pour s'offrir l'écharpe maïorale. Ce jeu d'intrigue peu reluisant reste entaché de quelques zones d'ombre.

Au coeur de ce roman feuilleton, on trouve une conseillère communale élue sur la liste du Vlaams Blok, Rita Van Dam. Est-ce le CVP qui est entré en contact avec elle? Ou est-ce plutôt cette dame qui a décroché son téléphone en premier? Selon les versions, le récit varie sur ce point. Ce qui est sûr, c'est que des contacts ont bien eu lieu. Pour autant qu'elle démissionne du Vlaams Blok, Mme Van Dam aurait pu servir d'appoint. Harry Van Hoof, 25e sur la liste du CVP, a confirmé ce scénario potentiel. Une façon de faire pression sur Willy Cortois? Toujours est-il que cette affaire a rapidement pris une dimension nationale. Karel De Gucht, président du VLD, a fustigé le nouveau maïeur en le traitant de navire qui prend l'eau. Ambiance

Pour sortir de l'ornière et rejeter malgré tout Willy Cortois dans l'opposition, Jean-Luc Dehaene s'est donc tourné vers les élus du FDF. Dans un communiqué diffusé en néerlandais, Jean Vermote et Monique Gob-Devuyst ont accusé le VLD d'avoir fomenté cette sournoise attaque contre le CVP avec le soutien. du chef de file du Blok, Filip De Man. Le masque de Cortois est tombé, écrivent-ils en guise d'auto-justification. Nous ne sommes pas peu fiers d'y avoir contribué.

Vous avez dit vaudeville? Ce 2 janvier, les échevins ont donc été installés dans un climat on ne peut plus houleux. Commentaire vengeur du bourgmestre sortant, Willy Cortois (VLD) : Qui négocie de façon primaire reçoit des réactions primaires. Jean-Luc Dehaene, lui, attend toujours le feu vert royal. Les habitants, et notamment les nombreux francophones habitant le quartier de Beauval, auront, eux, bien du mal à se réconcilier avec la politique.

© La Libre Belgique 2000


L'accord politique conclu début décembre répartit les fonctions communales comme suit. Le CVP reçoit, outre le maïorat pour Jean-Luc Dehaene, trois échevins, la présidence du CPAS ainsi que la présidence de la Société de logement. La politique menée en matière de logement social était un des principaux points de friction entre CVP et VLD. Le SP, lui, reçoit trois échevinats. L'un d'entre eux sera occupé par le député fédéral Hans Bonte. Agalev décroche un échevinat. Vilvorde est une ville flamande. On attend de tous les habitants, Belges ou allochtones, s'établissant à Vilvorde de façon permanente ou pour une longue période qu'ils reconnaissent le caractère flamand de Vilvorde et qu'ils s'y adaptent. Tel est la teneur de la déclaration signée par les deux ex-élus FDF soutenant la majorité. Ce texte prévoit aussi que la nouvelle coalition encouragera les cours de langue afin de faciliter cette adaptation. Outré, le FDF a ressorti le tract diffusé par ces conseillers à la population de Beauval avant le 8octobre. On peut notamment lire: Ce qui mobilise les dirigeants, les militants et les électeurs du FDF, c'est la volonté de rétablir les libertés individuelles des Francophones où qu'ils soient. (O.M.) © La Libre Belgique 2000