La pénible réponse démocratique anversoise

Formée après de délicates négociations, la majorité SP-VLD-CVP-Agalev tentera de mener un projet positif malgré un gouffre budgétaire. Objectif? Contrer le Blok!

OLIVIER MOUTON

ANALYSE

Faut-il encore rappeler le nouveau traumatisme démocratique vécu à Anvers le 8 octobre dernier? Alors que tous les sondages annonçaient un Vlaams Blok en recul ou en statu quo, l'extrême droite a une nouvelle fois crevé ses plafonds en passant de 28 pc, en 1994, à 33 pc cette fois-ci. Outre le fait d'avoir passé la barre symbolique des 30 pc, le Blok décroche avec ses 20 sièges sur 55 la capacité de convoquer le conseil communal à tout moment. Une fameuse hypothèque sur la gestion des six années à venir

Les partis démocratiques, eux, ont la gueule de bois. Le VLD est le seul à limiter les dégâts avec un gain de 5 pc et trois sièges. Le SP, lui, reste deuxième derrière le Blok avec 20,5 pc, malgré une perte de 1 pc. Ces deux résultats vont très vite empoisonner les négociations pour la composition d'une majorité. Mais au lendemain du scrutin, une seule certitude s'impose. Elle est heureuse: le cordon sanitaire reste solide. Malgré ses cris de dépit, le Vlaams Blok restera dans l'opposition. Certains ténors avertissent: si rien ne bouge, l'extrême droite obtiendra la majorité absolue en 2006.

LES DEUX REVENDICATIONS DU VLD

Retroussant leurs manches, tous les partis démocratiques se mettent autour de la table. La perspective n'est autre que de remettre en selle le même front ayant géré la ville les six années précédentes. Avec la même bourgmestre, Leona Detiège (SP). Dès les premiers tours de table, l'alliance VU-ID décide d'en rester là. Ne disposant que d'un élu, elle ne pèse pas lourd dans la balance.

Le VLD, lui, fait monter la pression de façon très nette. Plusieurs de ses figures de proue montent au créneau. Certains réclament le maïorat pour le baron Delwaide, échevin VLD du Port lors de la précédente législature. D'autres, s'opposant aux conceptions d'Agalev en matière d'asile et de sécurité, exigent l'éviction des verts. Une majorité démocratique sans Agalev et VU-ID conserverait une courte majorité de 28 sièges sur 55. Mais le SP et le CVP refusent. Le blocage est inévitable. Début novembre, les libéraux quittent la table des négociations.

Confrontés à un défi majeur, les démocrates anversois se perdent en de sombres histoires de marchands de tapis. Les rapports de force sont certes importants, vitaux au sein d'une majorité, mais qu'en pense l'homme de la rue? Pour déminer le champ, Patrick Janssens, président du SP et auteur d'un score personnel encourageant dans la métropole, désigne deux médiateurs: l'ancien gouverneur Andries Kinsbergen et l'ancien ministre Joz Wijninckx. Leur mission n'est cependant pas très claire. Et deux bonnes semaines après, leur proposition de compromis est refusée par Patrick Janssens lui-même.

Intrigues en coulisses, rééquilibrages Finalement, à la fin du mois de novembre, l'équipage du navire est enfin en place. Le SP reçoit, outre le maïorat, deux échevinats et une présidence de CPAS. Le VLD obtient quatre échevinats, dont celui de la Sécurité pour Dirk Grootjans. Enfin, CVP et Agalev se contentent de deux échevinats. Le tout suscitera néanmoins pas mal de grogne au sein des différentes sections locales.

PROJET POSITIF EN QUÊTE D'ARGENT

Il reste à rédiger le projet de fond. Ce n'est pas le moins important. Le 18 décembre, fumée blanche. Les quatre partenaires s'entendent au sujet d'un projet positif pour la ville. Son premier chapitre est consacré aux finances. Ce n'est pas un hasard. La priorité des priorités consistera en cette année 2001 à combler un déficit évalué à plus de deux milliards.

Alors, cette équipe péniblement constituée tentera de trouver des marges pour s'attaquer à son combat majeur: endiguer la vague antidémocratique. On en est loin

© La Libre Belgique 2000