Ottignies/Louvain-la-Neuve en vert

NICOLE BURETTE

ANALYSE

Durant la campagne électorale, les verts d'Ottignies/ Louvain-la-Neuve avaient annoncé la couleur. Aux commandes de cette ville, caractérisée par son évolution accélérée et un certain avant-gardisme, ils avaient bien l'espoir de placer le premier bourgmestre Ecolo de Wallonie. S'ils ne sont pas les seuls à avoir franchi cette étape, leurs ambitions ont été rencontrées.

Mardi, l'ancien secrétaire fédéral du parti, Jean-Luc Roland, qui fut également secrétaire général d'Inter-Environnement Wallonie, a présidé son premier conseil communal. Dans un climat relativement passionnel, car le bourgmestre libéral sortant, Jacques Otlet, dont l'action politique était globalement bien appréciée et qui s'était entouré des plus grosses locomotives à voix, n'avait pas imaginé un instant être détrôné.

PORTES PAR LOUVAIN-LA-NEUVE

C'est donc avec une amertume non dissimulée qu'il n'a pas manqué de rappeler à ses chers Ottintois que c'était Louvain-la-Neuve qui prenait le pouvoir et qu'il a dénoncé l'accord préélectoral (si loin des idéaux verts) qui avait fait chavirer son mandat.

Ce dont la nouvelle majorité se défend évidemment, rappelant qu'elle a joué la transparence dès le début. Conscientes en effet du fait qu'il fallait être très forts pour proposer une alternative réellement possible à l'équipe du bourgmestre, plusieurs forces politiques avaient effectivement décidé de faire ouvertement cause commune, s'unissant symboliquement sous le label Alliance citoyenne. Trois listes: Ecolo (dont les scores voisinaient aux précédentes élections ceux du puissant PRL), Démocratie Nouvelle (aile progressiste du PS) et le Nouveau PSC, tout en se présentant sur des listes différentes, avaient, dès le lancement de la campagne, réfléchi ensemble à l'avenir de la ville et annoncé leur volonté de gouverner de concert. Ils y sont donc arrivés, coiffant d'un siège (15 sur 29) leurs adversaires.

Un succès progressiste obtenu grâce au soutien massif de la population de Louvain-la-Neuve, composée majoritairement de familles au profil jeune et assez intellectuel? Jean-Luc Roland, installé lui-même à LLN et ne niant pas le relatif malaise qui a longtemps existé entre la ville initiale (méfiance) et l'appendice universitaire (indifférence), se dit irrité par ce mauvais procès. Il est vrai qu'Ecolo a réalisé un beau score dans la ville universitaire mais l'Alliance citoyenne est également majoritaire, rappelle-t-il, dans la plupart des autres quartiers de l'entité.

UN VIRAGE BRUTAL?

Peut-on en conclure que cette grosse et prospère bourgade du Brabant wallon va brutalement passer d'une gestion libérale à un régime baba cool ? La réalité est loin de cette image caricaturale.

En effet, depuis 1988 déjà, c'est une majorité arc-en-ciel qui préside aux destinées de la ville. Et, au sein du nouveau collège, parmi les sept échevins, on ne compte que trois petits nouveaux: les sociaux-chrétiens Jean-Marie Heuse et Jeanne-Marie Ferreras ainsi que le maïeur. A leurs côtés, deux Ecolos (Jacques Lega et Claude-Marie Vandergucht) occupaient déjà leur échevinat de longue date tout comme les socialistes Jacques Benthuys et Annie Galban.

Par ailleurs, Jean-Luc Roland lui-même fut longtemps président de la Commission consultative d'aménagement du territoire, toute-puissante dans la gestion du développement de la ville. Enfin, si l'on ajoute que la participation des citoyens aux décisions est l'une des priorités de la nouvelle majorité, Ottignies/Louvain-la-Neuve se distingue de longue date par une tradition participationniste puisqu'elle compte déjà 10 commissions (des affaires sociales, de l'enseignement, du sport, de la culture) qui devraient s'étoffer de trois nouvelles (environnement, accueil des personnes d'origine étrangère et prévention/sécurité).

Par ailleurs, le nouveau bourgmestre admet que l'intention de son équipe est d'assurer la continuité dans un certain nombre de dossiers qui ont bénéficié d'un traitement adéquat: la politique budgétaire (réduction de la dette), la politique sociale et celle de l'aménagement du territoire (un renforcement des deux centres pour contrer l'éparpillement du bâti et un rapprochement convivial entre Ottignies l'ancienne et LLN). Le Plan communal de mobilité, enclenché lors de la précédente législature -avec 4 des membres de l'équipe actuelle, rappelons-le- sera redynamisé.

Faire d'Ottignies/LLN la véritable capitale culturelle du Brabant wallon

Quels accents nouveaux dès lors? Des nuances. Comme: une accentuation de la transversalité (une culture du projet autour d'objectifs globaux auxquels on associe un maximum de monde); une gestion à long terme (pas de décisions à courte vue mais, au contraire basées sur des perspectives à 5 ou 10 ans, comme l'arrivée du RER, la pression foncière); une accentuation encore de la participation; un intérêt tout particulier accordé au développement durable (environnement, énergies renouvelables); une plus grande accessibilité et transparence de l'administration; le développement de logements réservés aux revenus moyens (la pression foncière faisant trop souvent fuir les jeunes ménages du cru), etc.

UN VÉRITABLE PÔLE CULTUREL

L'un des grands dadas de la nouvelle majorité est de donner un spectaculaire coup d'accélérateur à la mission de pôle culturel du Brabant wallon qui, en 1994, était attribuée à Ottignies en compensation du rôle de capitale distribué à Nivelles et Wavre. Cette volonté devrait se traduire par la promotion et une intensification des synergies entre les éléments du capital existant ou en cours de réalisation (le théâtre Jean Vilar, le centre culturel d'Ottignies, les 13 salles de cinéma de Louvain-la-Neuve ou encore la grande aula, cette magnifique salle polyvalente en train de naître à LLN).

Le changement dans la continuité, donc, forcément.

© La Libre Belgique 2000