Plus de trente témoins sur l'affaire Lumumba

La commission d'enquête parlementaire sur l'assassinat de Patrice Lumumba a repris ses travaux, lundi, à l'avant-veille du quarantième anniversaire de la tragédie. C'est le 17 janvier 1961, en effet, que se posa au Katanga (Kasaï), chez ses pires ennemis, l'avion qui emmenait le Premier ministre révoqué du Congo nouvellement indépendant. Peu après, il était assassiné.

PAUL VAUTE
Plus de trente témoins sur l'affaire Lumumba
©Belga

La commission d'enquête parlementaire sur l'assassinat de Patrice Lumumba a repris ses travaux, lundi, à l'avant-veille du quarantième anniversaire de la tragédie dont on cherche à démêler les causes.

C'est le 17 janvier 1961, en effet, que se posa au Katanga (Kasaï), chez ses pires ennemis, l'avion qui emmenait le Premier ministre révoqué du Congo nouvellement indépendant. Peu après, il était assassiné, avec ses compagnons, par des gendarmes katangais dont il reste à savoir s'ils étaient incontrôlés ou obéissaient aux ordres, et dans la seconde hypothèse aux ordres de qui, ainsi qu'avec quelles complicités dont il faudrait établir si elles furent purement mercenaires ou dictées en haut lieu.

Quels furent les rôles et concertations éventuels des autorités belges, américaines, congolaises et katangaises, dans un contexte ou, à Bruxelles comme à Washington, à Léopoldville comme à Elisabethville, s'était renforcé le souhait «d'éliminer» Lumumba? Différentes sources donnent à penser que le mot fut prononcé ou écrit, entre autres par le président Eisenhower et par le ministre belge des Affaires africaines Harold d'Aspremont Lynden, mais le doute subsiste sur l'adverbe physiquement ou politiquement ? qu'il convient de lui accoler.

POUR MAI OU POUR PLUS TARD

Ces énigmes disent assez l'ampleur du défi auquel est confrontée la commission de la Chambre. Lundi après-midi, elle a entendu Jean Tshonda Omasombo, directeur du Centre d'étude politique à l'Université de Kinshasa, sur la situation politique intracongolaise. Mais les députés membres ne s'en tiendront pas aux rapports d'experts. Ils comptent à présent procéder directement à l'audition de témoins, au rythme de deux ou trois tous les lundis, le programme définitif devant être approuvé le 22 janvier. «On a établi une liste de plus de trente personnes sur base des avis d'experts mais aussi à partir de propositions spontanées ou d'informations parvenues à des membres de la commission»,

nous dit son rapporteur Daniel Bacquelaine (PRL). Certains avaient déjà été entendus par Jacques Brassinne et Jean Kestergat quand ils ont fait leur livre, mais il peut être intéressant de les réentendre à distance.

Des noms? On cite notamment un certain nombre d'ex-ministres congolais et de conseillers belges de l'époque, tels Frans Verschuere, conseiller du commissaire général Kandolo à Léopoldville, et Jean Van Lierde, conseiller politique de Patrice Lumumba.

Contrairement aux réunions organisées avec les universitaires, qui ont tenu à éviter qu'on exploite leurs hypothèses non vérifiées, cette nouvelle phase du travail sera largement publique: «Le huis clos sera maintenu lorsque les experts viendront nous donner leur avis sur les témoins avant qu'on les entende», explique Daniel Bacquelaine. «Mais les séances où seront interrogés les témoins eux-mêmes seront publiques, sauf s'ils demandent à déposer à huis clos pour des raisons de sécurité».

Quant aux archives (Affaires étrangères, Palais, Eyskens, d'Aspremont), leur ouverture s'est faite sans obstacle, se réjouit le commissaire: «Il n'y a pratiquement pas eu de réticence. Et les archives de l'Onu, de l'Otan ou de Washington sont sur la liste des demandes».

Un rapport intermédiaire est prévu pour début mars et le final pour mai, sauf si la nécessité de prolonger s'impose. Ce qui serait à peine surprenant.

© La Libre Belgique 2001