«Cette loi ne mènera qu'à la confusion»

Le médecin et sénateur PRL Alain Destexhe ne mâche pas ses critiques à l'égard de l'article 4 de la loi Mahoux et consorts, mais conteste surtout la philosophie générale du texte

PAR ANNICK HOVINE

ENTRETIEN

Etait-il pertinent, selon vous, de prévoir un article à part sur la déclaration anticipée?

Je ne crois pas. On aurait pu simplement prévoir une disposition générale stipulant que s'il existe une déclaration préalable, le médecin en prend connaissance sans pour autant y être lié. C'était ce qu'on avait prévu dans la note alternative qu'on avait déposée avec Alain Zenner. Ce que je reproche depuis le début à la proposition de loi Mahoux et consorts, c'est qu'elle essaie de prévoir tous les détails d'une procédure. Pourquoi prévoir, par exemple, un délai de validité de 5 ans pour la déclaration anticipée? Pourquoi pas 1, 3 ou 10 ans? Avec cette approche que je qualifie d'administrative, on retombe forcément toujours un peu dans l'arbitraire. De plus, cet article 4 ne règle pas la situation des dizaines de milliers de gens qui deviennent inconscients sans avoir rédigé de déclaration anticipée ou de patients Alzheimer dont la déclaration remonte à plus de 5 ans.

Des situations fréquentes?

Mais oui! C'est une réalité qu'on ne peut pas nier. Tout le monde sait qu'on pratique des euthanasies sur des patients inconscients qui n'ont pas fait de déclaration anticipée: le médecin, en accord avec la famille et souvent l'équipe soignante, décide d'arrêter la machine. Cela se fait tous les jours dans les services de soins intensifs. Ces cas qui sont les plus fréquents ne seront pas réglés par la loi: cela restera un crime. Autre problème: le texte n'envisage pas non plus les états crépusculaires, intermédiaires entre la conscience et l'inconscience ou alternant phases de lucidité et d'inconscience.

Votre diagnostic sur la manière dont évolue le débat en commissions?

Ça va de mal en pis. Je maintiens qu'on va vers un texte inapplicable pour les médecins, autant à cause de sa longueur que de son côté à la fois trop détaillé et trop peu précis. Cette loi devient d'une confusion indescriptible: plus personne ne va s'y retrouver. Au lieu d'engendrer la clarté, on aboutit à la confusion. On en arrivera non pas à une discussion autour de l'état du patient mais autour de l'interprétation à donner à la loi!

Si j'ai des remarques de détail à faire sur l'article 4, je conteste surtout la philosophie générale du projet et son approche administrative.

© La Libre Belgique 2001

Le médecin et sénateur PRL Alain Destexhe ne mâche pas ses critiques à l'égard de l'article 4 de la loi Mahoux et consorts, mais conteste surtout la philosophie générale du texte

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