Les témoins de l'enquête Lumumba

Plus de trente témoins seront entendus, du 11 juin au 16 juillet prochains, par la commission d'enquête parlementaire mise sur pied pour «déterminer les circonstances exactes de l'assassinat de Patrice Lumumba et l'implication éventuelle des responsables politiques belges dans celui-ci». Un vent favorable nous a apporté la liste des Belges et des Congolais, célèbres ou anonymes, qui seront entendus. Etienne Davignon, Arthur Gilson, Pierre Harmel et Jacques Van Offelen en font partie.

PAUL VAUTE
Les témoins de l'enquête Lumumba
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Plus de trente témoins seront entendus, du 11 juin au 16 juillet prochains, par la commission d'enquête parlementaire mise sur pied pour «déterminer les circonstances exactes de l'assassinat de Patrice Lumumba et l'implication éventuelle des responsables politiques belges dans celui-ci». Après ce long défilé de célébrités et d'anonymes, dont on espère qu'il fournira réponses aux questions que les archives laissent ouvertes, les députés membres disposeront en principe de tous les éléments nécessaires pour se faire une religion. Leur rapport final est attendu pour septembre.

Un vent favorable nous a apporté la liste, soumise à la commission, des personnes qui seront convoquées. Certains des noms qu'elle contient étaient attendus, alors que d'autres créeront sans doute la surprise. L'ensemble apparaît révélateur des orientations qui seront prises.

LES SEPT SÉANCES

Premier à être entendu, le 11 juin, Jean Van Lierde, cofondateur et secrétaire général du Crisp, fut un compagnon de Lumumba, convaincu de la coresponsabilité des Belges dans la tragédie d'Élisabethville (cf. LLB, 29/1). Il sera suivi de Thomas Kanza, qui fut ministre dans le premier gouvernement congolais, Benoît Verhaegen, professeur à l'Université Lovanium, Jean Durieux et Jean Cordy.

Les auditions du vendredi 15 juin seront consacrées aux familles Lumumba, Okito et Tshombé, qui ont demandé à être entendues. Étape délicate puisque celles du Premier ministre congolais et du Deuxième-Président du Sénat, assassinés ensemble, caresseraient l'espoir de pouvoir réclamer des dédommagements à l'État belge Du plus haut intérêt sera aussi la version des enfants du président de la République katangaise sécessionniste où Lumumba fut envoyé à la mort , tout comme ceux du ministre belge des Affaires africaines d'Aspremont Lynden, qui seront aussi représentés.

Noël Dedeken, l'officier belge qui aurait reçu l'ordre de kidnapper Lumumba, sera entendu le 18 juin ainsi qu'André Lahaye, ancien commissaire de la Sûreté nationale, Fernand Vervier et deux témoins dont les noms ne figurent pas sur la liste.

Au menu du lundi 25, il y aura Jacques Nyns, Albert Ndele, homme de Mobutu et gouverneur de la Banque centrale, Albert Kalonji, qui rompit avec Lumumba et dirigea la sécession du Kasaï méridional, et Victor Nendaka, qui dirigeait la Sûreté congolaise au moment de l'arrestation de Lumumba. De ce dernier, le domicile à Uccle a figuré parmi les perquisitions du 24 avril, demandées par le président de la commission Geert Versnick. Ambiance pas garantie: Nendaka a déjà fait savoir qu'il ne répondrait pas à une convocation éventuelle.

Le 2 juillet fera la part belle aux «Katangais»: René Grosjean (chargé de cours à l'Université d'Élisabethville au moment des faits), René Smal, Julien Gatry, Claude Grandelet (ancien lieutenant de la police militaire d'Élisabethville) et Mario Spandre (qui fut proche de Moïse Tshombé). Le 9, seront entendus Armand Verdickt, Frans Verscheure (responsable des services de police à Élisabethville), Jacques Bartelous et le colonel Guy Weber (alors conseiller militaire de Tshombé, un des perquisitionnés de la semaine dernière).

Le 16, enfin, viendront témoigner, outre Jan Vanden Bloock, quelques grandes figures de notre histoire contemporaine: Etienne Davignon, alors fonctionnaire aux Affaires étrangères, et les anciens ministres Jacques Van Offelen (alors au Commerce extérieur), Arthur Gilson (Défense nationale) et Pierre Harmel (Fonction publique).

© La Libre Belgique 2001