Lumumba: il n'y a pas de preuve d'un complot des autorités belges

Ce lundi auront lieu les premières auditions de témoins par la commission d'enquête parlementaire «chargée de déterminer les circonstances exactes de l'assassinat de Patrice Lumumba et l'implication éventuelle des responsables politiques belges dans celui-ci». Jean Van Lierde, qui fut un proche conseiller du Premier ministre congolais, et Maryse Hockers, qui fut sa secrétaire, seront entendus par les députés membres.

PAR PAUL VAUTE

ENTRETIEN

Ce lundi auront lieu les premières auditions de témoins par la commission d'enquête parlementaire «chargée de déterminer les circonstances exactes de l'assassinat de Patrice Lumumba et l'implication éventuelle des responsables politiques belges dans celui-ci». Jean Van Lierde, qui fut un proche conseiller du Premier ministre congolais (cf LLB du 29/2/2001), et Maryse Hockers, qui fut sa secrétaire, seront entendus aujourd'hui par les députés membres. Vendredi viendront des représentants des familles de Lumumba et de ses compagnons tués avec lui. Au total, une trentaine de personnes sont au programme de réunions qui s'échelonneront jusqu'à la mi-juillet.

Pour faire le point, nous avons interrogé Daniel Bacquelaine, chef du groupe PRL FDF MCC à la Chambre, rapporteur de la commission et auteur de la principale des propositions qui ont conduit à sa création.

La commission arrive à un tournant. Avez-vous le sentiment qu'elle a progressé dans la recherche de la vérité?

Oui, je pense. Les travaux des experts et les perquisitions ont permis d'engranger un grand nombre d'informations qui n'étaient pas connues. C'est le cas notamment pour les échanges qui ont eu lieu entre l'entourage de Tshombé, le colonel Weber et le Palais royal. Ma conviction est qu'on s'oriente vers des responsabilités très partagées et aussi vers un paradoxe: autant on trouve, en 1960, des Belges sans pour autant que le gouvernement soit impliqué à l'origine de tentatives d'élimination physique de Lumumba, autant le rôle des Belges dans son assassinat en janvier 1961 apparaît beaucoup moins évident. Cela va à l'encontre de la thèse de De Witte pour qui les Belges sont responsables.

On a aussi évoqué une tentative manquée américaine. Il y avait vraiment beaucoup de gens qui voulaient la peau de Lumumba

C'est clair et sur ce point, l'analyse a progressé. On sait bien que Lumumba, comme personnage politique, représentait un danger par rapport à la mainmise soviétique en Afrique. Dans ce contexte de guerre froide que beaucoup oublient, le souhait d'écarter Lumumba est très explicable. En revanche, on n'a pas de preuve d'un complot du gouvernement belge visant à le tuer. Bien sûr, nous ne sommes qu'à une première phase. Nous n'avons pas encore tous les rapports d'experts.

Attendez-vous des révélations des auditions de témoins?

C'est impossible à prévoir. De telles auditions ont toujours un aspect inattendu. Elles peuvent permettre d'établir entre des éléments des liens qui ne sont pas évidents au départ. Jules Gérard-Libois a dit que cela représentait 10 pc du travail. À mon sens, c'est davantage.

Comment la liste des témoins a-t-elle été établie?

Nous en avons discuté avec les experts, en établissant un ordre de priorités. Ce lundi, ce seront des proches de Lumumba comme M. Van Lierde qui a plaidé, dans votre journal, la thèse de la coresponsabilité des Belges. Ce n'est pas dénué de tout fondement puisqu'il y a bien des Belges qui voulaient l'élimination de Lumumba, mais les travaux font apparaître que les acteurs congolais ont une importance grandissante.

Vendredi, nous recevrons des représentants des familles des victimes, qui sont porteurs d'une mémoire transmise et d'une perception. Par la suite, il y aura les témoins ou acteurs kantangais et congolais, comme Nendaka et Kalondji qui ont participé à la décision de transférer Lumumba à Élisabethville.

© La Libre Belgique 2001

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