Les amis belges de Lumumba accusent la Belgique

Jean Van Lierde, un proche de Lumumba, a raconté comment il a convaincu son ami politique dans deux choix décisifs: renoncer à briguer la présidence de la République et prendre la parole aux cérémonies de l'indépendance, après les discours du roi Baudouin et du chef du nouvel Etat Kasavubu.

PAUL VAUTE

Témoin ou expert? Jean Van Lierde, interrogé lundi matin dans le cadre de la première audition de la commission parlementaire d'enquête sur l'assassinat de Patrice Lumumba, tient des deux à la fois.

Fut-il un conseiller du leader du Mouvement national congolais (MNC) ? «Non, personne n'avait d'influence sur Lumumba», assure le militant de la décolonisation. À d'autres moments, pourtant, il racontera comment il a convaincu son ami politique dans deux choix décisifs: renoncer à briguer la présidence de la République et prendre la parole aux cérémonies de l'indépendance, après les discours du roi Baudouin et du chef du nouvel Etat Kasavubu.

Le propos fait bondir Jef Valkeniers (VLD) qui épingle la contradiction pas conseiller versus très écouté et dénonce les effets du réquisitoire imprévu prononcé par le Premier ministre congolais le 30 juin 1960: «Vous portez une lourde responsabilité dans la dégradation des relations avec la Belgique», lance-t-il. Claude Eerdelens (PS) n'apprécie pas: «M. le président, mon collègue Valkeniers fait le procès du témoin».

UN GOUVERNEMENT PARALLÈLE

Témoin de quoi? Jean Van Lierde a d'abord connu Lumumba dans le cadre d'activités panafricaines. Le 11 juin 60, le ministre Ganshof van der Meersch lui demande de l'accompagner au Congo, dans l'espoir qu'il plaidera auprès du chef du MNC sa propre mise à l'écart: «J'ai tout de suite eu la preuve incontestable que ni le Palais ni le gouvernement belge n'avaient envie de voir Patrice à la tête du gouvernement congolais même s'il avait gagné les élections»

. Mais l'homme ne se révèle incontournable.

Rentré en Belgique le 3 juillet, l'ancien secrétaire général du Crisp n'a pas connu les troubles qui ont éclaté après. En revanche, il a pu fouiner dans les archives katangaises de Tshombé après la sécession et recueillir, en 1993, les confidences du Dr Guy Pieters, qui dressa sans avoir vu les corps (brûlés à l'acide) les certificats de décès de Lumumba et de ses deux compagnons, Joseph Okito et Maurice Mpolo.

La mort de Lumumba n'est-elle pas d'abord le résultat d'un combat des chefs? Certes, mais les Belges «ont tout fait pour les diviser, les dresser les uns contre les autres. J'ai vu passer les enveloppes», assure l'interrogé. Nendaka? Kalonji? Munongo? «Ils n'étaient rien si tous les Belges et la CIA n'étaient pas derrière eux pour se venger de ce nègre qu'ils haïssaient et qui les écrasait tous». Les Belges sont coupables de «participation criminelle» ou, au minimum, de «non-assistance à personne en péril».

Parce que cette personne n'était pas «un homme de paille des intérêts belges» (Eerdekens) ou parce qu'elle glissait vers le communisme? Pour Van Lierde, la première réponse est la bonne: «Il n'a jamais lu dix lignes de Marx ou de Lénine». Conviction partagée par le deuxième témoin de la matinée, Maryse Hockers (ex-Mme François Perin), chercheur en sciences sociales, qui fut attachée de cabinet du Premier ministre congolais, injustement «diabolisé par une extraordinaire propagande» , selon elle. Si elle fut pourtant arrêtée un jour, c'est parce qu' «il y avait déjà un gouvernement parallèle à l'époque».

© La Libre Belgique 2001

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