Deux témoins sans souvenirs

La Commission Lumumba a poursuivi ses travaux lundi matin avec l'audition de deux témoins; l'un, Jean Durieux, travaillant à l'époque pour le gouvernement belge, l'autre, Jean Cordy, travaillant pour l'administration diplomatique congolaise.

La Commission Lumumba a poursuivi ses travaux lundi matin avec l'audition de deux témoins; l'un, Jean Durieux, travaillant à l'époque pour le gouvernement belge, l'autre, Jean Cordy, travaillant pour l'administration diplomatique congolaise. Les deux témoins, qui occupaient des fonctions privilégiées dans le cadre contextuel de l'époque, n'ont pratiquement gardé aucun souvenir - au grand dam des parlementaires - des événements politiques qu'ils ont vécu il y a 40 ans.

Jean Durieux a occupé, entre la fin de l'année 1959 et le mois de septembre 1960, la fonction de chef de cabinet du ministre Raymond Scheyven, chargé des Affaires économiques et financières du Congo. Raymond Scheyven a notamment participé à des négociations portant sur la liquidation de la Banque centrale pour le Congo belge et le Rwanda et le Burundi.

En août 1960, alors que les relations diplomatiques entre le Congo et la Belgique avaient été rompues, le ministre a participé à une réunion informelle à Genève avec le ministre congolais des Finances. Il s'agissait de pallier discrètement aux problèmes de fonctionnement concernant la gestion financière de l'ex-colonie.

"On était très intéressé de connaître alors la situation économique du Congo", rapporte M. Durieux, ajoutant qu'il était très étonné d'apprendre que les contacts téléphoniques entre certains ministres des deux pays étaient récurrents.

Mais ce qui intéressait plus particulièrement les députés membres de la Commission Lumumba, c'était de faire la transparence sur les fonds secrets - plus de 50 millions de francs de l'époque - mis à disposition du gouvernement belge pour sa politique africaine. Jean Durieux ne leur a cependant donné aucune explication à ce sujet. "C'était il y a 40 ans, je suis devenu un vieil homme, je n'en ai pas de souvenir", s'est-il excusé.

L'ex-chef de cabinet croyait vaguement se souvenir de fonds spéciaux qui préjugeaient ce qui allait devenir plus tard la coopération technique. Le président de la Commission, Geert Versnick, lui alors rappelé un télex signé par lui-même, lors de la transmission des dossiers au ministre des Affaires africaines, le Comte Harold d'Aspremont Lynden, évoquant des "fonds secrets visant à soutenir deux réseaux qui recouvrent une ligne d'actions souterraines".

Le 24 août 1960, le Premier ministre, Gaston Eyskens, faisait référence dans une note à Raymond Scheyven d'une lettre du Comte d'Aspremont Lynden, alors actif au sein de la Mission technique belge au Katanga, demandant de verser un subside à Albert Kalonji, sécessionniste du Sud-Kasaï. Deux jours plus tard, le PV du Conseil des ministres faisait état de fonds secrets alloués au ministre Scheyven.

"Je n'ai pas souvenance de tout cela", a déclaré Jean Durieux. En septembre 1960, le gouvernement belge a été remanié, et Raymond Scheyven, partisan de l'unité du Congo et jugé responsable de la débâcle de l'indépendance, a été remplacé par Harold d'Aspremont Lynden. (BELGA)