Nouvelle expertise favorable à Pirson

Le représentant de l'accusation a fait état d'éléments complémentaires versés au dossier cet été, dont des devoirs prescrits par la défense. Et l'un de ceux-ci fait apparaître qu'un expert considère qu'il est impossible d'ingurgiter un mélange de Fanta avec du méthanol, en tout cas dans la quantité indiquée par le para-commando dans ses aveux non signés.

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Nouvelle expertise favorable à Pirson
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Ce jeudi, au procès du 1er sergent Olivier Pirson, le conseil de guerre a d'abord entendu le long réquisitoire écrit du ministère public, lu par le substitut de l'auditeur général, Gerald Wailliez, qui, sans surprise, relate les éléments du dossier d'accusation: le test du polygraphe qui indique des mensonges du prévenu, ses aveux - non signés -, les déclarations de témoins qui disent l'avoir vu s'extraire du véhicule qui s'enfonçait dans la Meuse, sans tenter quoi que ce soit pour sauver ses enfants et notamment encore, la présence de méthanol dans les tests sanguins réalisés sur les cadavres des enfants de Pirson.

Mais, ensuite, le représentant de l'accusation a fait état d'éléments complémentaires versés au dossier cet été, dont des devoirs prescrits par la défense. Et l'un de ceux-ci, révélé ce jeudi matin par le quotidien 'La Dernière Heure', fait apparaître qu'un expert considère qu'il est impossible d'ingurgiter un mélange de Fanta avec du méthanol, en tout cas dans la quantité indiquée par le para-commando dans ses aveux non signés. Selon l'expert, un être humain ne peut avaler un tel mélange pour la bonne raison qu'il le recracherait immédiatement.

Cette expertise est considérée par la défense comme un document fondamental, dans la mesure où, dans sa déclaration d'aveu, le 1er sergent Pirson aurait dit qu'il avait fait boire ce Fanta empoisonné à ses enfants avant de plonger volontairement dans la Meuse près de Dinant pour se suicider et entraîner ses enfants avec lui dans la mort.

Les avocats du prévenu, Mes Marc Uyttendaele et Laurent Kennes, ont toujours affirmé que les aveux ont été extorqués par la force et qu'ils ne correspondent pas à la réalité.

Après la lecture de toutes ces pièces qui a occupé une grande partie de la matinée, Pirson a été invité par le président du conseil de guerre, le major Philippe Scohy, à commenter les événements. Il a expliqué qu'il avait perdu le contrôle de sa voiture parce qu'il s'était retourné pour calmer ses enfants qui se disputaient à l'arrière. Ensuite, il dit n'avoir pu éviter la catastrophe, essayant vainement de sortir par les portières et réussissant finalement à le faire en ouvrant une fenêtre. Il dit avoir tenté alors désespérément d'ouvrir les portières des enfants mais sans succès.

«J'ai essayé, essayé... Il n'y avait rien à faire. La petite a crié: 'Papa, viens me chercher!'. Il n'y avait rien à faire. Je ne savais rien faire... Finalement, j'ai nagé jusqu'à un îlot... Je ne sais pas pourquoi! », a narré le sous-officier en larmes.

Le président du conseil de guerre a alors demandé au prévenu pourquoi il n'avait pas essayé de se réintroduire dans le véhicule par la fenêtre ouverte d'où il était lui-même sorti, puisqu'il semble établi que cette partie-là du véhicule est celle qui est restée le plus longtemps émergée. Le para a dit qu'il ne savait pas.

Ensuite, Me Uyttendaele a exposé une demande qu'il a formulée depuis la semaine dernière par voie de conclusion. Le plaideur de la défense réclame que l'expert canadien qui accuse son client sur base du test du détecteur de mensonge - polygraphe - remette un rapport circonstancié pour ce vendredi à 13 heures au plus tard, avant d'être entendu la semaine prochaine comme témoin.

Selon Me Uyttendaele, cet expert n'a pas répondu à toutes les questions posées par l'auditeur général lui-même concernant la méthode qui lui permet d'affirmer que certaines courbes du polygraphe sont accusatrices et d'autres non. «Alors ou bien ce monsieur accepte le débat contradictoire et nous explique sa science sur base de laquelle nous pourrons faire réagir un contre-expert et c'est la raison d'être d'un débat contradictoire dans un procès démocratique. Ou bien nous nous opposons à son témoignage. De toute manière, nous disons depuis le début que le test du détecteur de mensonge n'est pas fiable scientifiquement et qu'il doit être écarté du dossier qui est soumis à votre appréciation », a indiqué Me Uyttendale.

Le substitut Wailliez et l'avocat des parties civiles, Me Georges-Henri Beauthier, ont considéré que la loi ne permettait pas qu'on exige d'un témoin qu'il dise au préalable ce qu'il va déclarer quand il sera entendu.

Avant de suspendre l'audience, le conseil de guerre a précisé qu'il répondrait à cette demande ce jeudi après-midi. L'audience a repris à 14 heures.

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